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Le blog de Christophe

Le blog de Christophe

Récit de dix voyages en Birmanie (Myanmar)


Au pays des femmes girafes

Publié par Christophe sur 12 Juin 2014, 18:18pm

 

La question sera sûrement posée après avoir lu le compte rendu qui suit de ma visite à Loikaw, la terre d'origine des femmes Padaungs, qu'on appelle généralement les femmes-girafes. Pourquoi aller visiter les villages des femmes-girafes ? C'est du voyeurisme, c'est malsain me répondra-t-on. Des tours opérateurs sans scrupule en font une véritable exploitation. Certains prétendent même que leur seul source de revenus, c'est le tourisme. C'est une réalité côté thaïlandais et certains tours opérateurs en profitent, estimant que les femmes-girafes de Thaïlande sont bien plus heureuses que celles restées en Birmanie. Côté Birman, je ne savais pas à quoi ressemblait cette région, ouverte depuis un peu plus d'un an aux étrangers, sans autorisation, sans guide. Plutôt que voir les femmes-girafes exhibées aux touristes dans des boutiques du lac Inle ou au pied des temples de Bagan, je voulais voir la région dont elles sont originaires. C'est chose faite.

 

Jeudi 15 mai 2014 : Au coeur de la nuit à Loikaw

Il est 12 h 15, le bus pour Loikaw quitte la gare routière d'Aung Mingalar à Yangon. Je ne suis pas au fond du bus comme c'était initialement prévu, mais à une bonne place dans les premiers rangs qui m'évitera de supporter les vibrations tout au long du trajet. Je fais la connaissance de deux jeunes filles birmanes toutes contentes de me dire en Anglais qu'elles sont d'origine Padaung. Mais sans les anneaux autour du cou. On échangera quelques mots durant le parcours et elles m'apprendront que cette tradition a disparu auprès de la jeune génération. Première halte au bord de la route, dans un restaurant de passage où les deux demoiselles m'invitent à leur table. Elles sont aux petits soins et me commandent des plats étranges, dont de curieuses brochettes, qui sont finalement un régal. Elles voudraient m'inviter dans leur village, mais il est un peu loin de Loikaw.

 

A côté de moi dans le bus, un jeune homme est ravi de me montrer des photos de sa mère sur son portable. Elle porte les habits traditionnels des Padaungs et les colliers autour du cou. Ce n'est donc pas un mythe, je pars bien en direction de la région dont elles sont originaires.

 

En cours de route, on traverse une partie de la nouvelle capitale du Myanmar, Naypyidaw. Je ne verrai que des dizaines d'hôtels flambant neufs qui se succèdent et dont certains ne sont même pas achevés. Je me demande qui peut occuper toutes ces chambres. On m'expliquera plus tard, qu'ils ont été construits pour les jeux d'Asie du Sud-Est organisés dans le pays en 2013. Depuis ils sont quasiment vides car la ville n'est pas réputée touristique. Peu importe, ces hôtels ont apparemment été construits pour faciliter le blanchiment d'argent, en particulier l'argent de la drogue dans le Triangle d'Or.

 

Une capitale d'où sortent d'immenses ronds-points, certains avec des fontaines qui font le plaisir des Birmans qui viennent s'y faire photographier. Les avenues sont des trois voies alors que la circulation est quasi inexistante. On sort peu à peu de la capitale, la route se fait de plus en plus étroite, avec des nids de poule, des virages à n'en plus finir. Tant bien que mal, je parviens à m'endormir. Et là surprise, il est à peine 3 heures du matin que nous voilà arrivés à Loikaw. Mes deux amis birmanes ne sont plus dans le bus, elles ont dû s'arrêter avant. A croire que c'est fait exprès en Birmanie, d'arriver à destination au beau milieu de la nuit.

 

Vendredi 16 mai : Rencontre avec les femmes girafes

Pour 2 000 kyats, un taxi m'emmène à la guesthouse Min Ma Haw que j'avais réservée depuis Yangon. Tout le personnel dort profondément et il faut bien attendre 20 minutes avant que quelqu'un ne sorte. C'est gagné, j'ai réveillé tout le monde. On me présente une chambre (la n°202), immense, très propre avec tout le confort, TV, frigo, la clim... Une chambre presque trop grande pour moi.

 

Je dors quelques heures et retourne à la réception pour tenter de négocier le prix qui passe de 30 à 25 $ sans le petit déjeuner (pour les locaux, la chambre est à 16 000 k). Le petit déjeuner, je le prendrai pour 600 k au marché voisin. C'est là que je rencontre un monsieur âgé, mécanicien de profession, tout content de me parler en Anglais. Il me confie qu'avant 2011, c'était à ses risques et périls de parler à un étranger et qu'il n'aurait jamais pu m'approcher. Aujourd'hui, c'est toléré, mais il n'en demeure pas moins prudent.

 

Il me parle des conflits à travers le pays, au nord avec les Kachins, à l'est avec les Karens à la frontière thaïlandaise, ou encore à l'ouest avec la minorité des Rohingyas. C'est là que j'apprendrai que cet homme est musulman. Plus je l'écoute, plus je me dis que la Birmanie est un pays compliqué.

Je lui demande ensuite où je peux voir des femmes Padaungs. Il m'indique qu'il faut aller vers le nord, mais que c'est assez éloigné de la ville. Comme j'aime marcher, c'est à pied que je m'y rends, m'arrêtant à chaque coin de rue pour demander mon chemin. Seul problème, ici quasiment personne ne parle l'Anglais. Alors pour leur expliquer ce que je cherche, je me lance dans des gestes pas possibles, en montrant mon cou bien évidemment.

 

On me montre la direction d'un village nommé Sam Bo où je pourrai apparemment trouver ce que je cherche. A peine entré dans le village, je vois une femme en tenue traditionnelle en train de tisser. Je la prends en photo, elle ne me réclame rien en échange, si ce n'est qu'elle m'adresse un large sourire. Plus loin, une autre femme Padaung est au pied de sa maison. A chaque fois, ce sont des femmes âgées qui portent de nombreux anneaux autour du cou et aux mollets.

 

Elles ont l'air aussi surprises que moi de cette rencontre. Je suppose que les groupes de touristes ne sont pas encore des habitués des lieux. Si c'était le cas, je pense qu'il y aurait des boutiques de souvenirs un peu partout. Là, c'est un village paisible avec juste une boutique alimentaire à son entrée.

 

Un jeune birman m'expliquera qu'il y a une bonne dizaine de femmes en tenue traditionnelle dans le village. Guère plus. Et que certaines d'entre elles ne portent pas les anneaux à longueur de journée. Arrivé au bout du village, une moto pilotée par un homme me double. Sa passagère en descend, une femme Padaung qui regagne son village. Elle me sourit, essaie de me parler, mais on ne se comprend pas. Je la photographie, .montre le résultat qui semble la ravir. Elle me montre ce que contient son panier dans le dos (une cruche contenant du vin de riz), puis me prie de la suivre jusqu'à chez elle.

 

Me voilà dans une maison en bois sur piloti à boire le thé avec sa famille. Elle est la seule à porter des colliers autour du cou. Puis viens le moment où elle me fait goûter le vin de riz à la cruche, directement à la paille, alors que les mouches s'entassent tout autour. Je me dis que l'alcool tue les microbes pour me rassurer.

 

Il commence à pleuvoir et nous nous abritons dans la maison, face à ce qui fait office de cuisine, c'est à dire un feu à-même le sol et une énorme marmite au dessus. Elle me montre quelques tissus qu'elle a confectionnés, mais sans insister. Elle me dit avoir 57 ans, elle en paraît dix de plus. Autour de son cou, elle porte 22 anneaux. M'assurant au passage qu'elle ne les enlève jamais et qu'elle dort avec.

 

Je repars tranquillement vers Loikaw tranquillement lorsque je croise un bus à l'arrêt à une station service. Son chauffeur m'emmènera gratuitement à destination. A-t-il déjà vu des étrangers dans son bus d'un autre temps ? Le soir, un repas typiquement indien dans une petite gargote pour 400 k.

 

Samedi 17 mai 2014 : La cérémonie des novices

Aujourd'hui, c'est le grand marché de Zin Ma Taw, à une dizaine de kilomètres au nord de la ville. Je me lève tôt dans l'espoir de trouver un transport collectif qui m'y emmènera. Finalement, au moment de prendre mon petit déjeuner, je retrouve mon ami mécanicien qui se fait un plaisir d'assurer le déplacement avec son cyclomoteur. Une bonne idée sauf qu'il n'y a pas de cale pied sur sa mobylette. Avec mes grandes jambes, ça s'avère vite être une galère.

 

Déception une fois arrivé à destination. Il y a bien un marché en plein air, avec du monde, mais les tenues traditionnelles sont absentes. Mon chauffeur est tout content de me montrer une femme girafe qui vend ses produits. C'est la seule que je verrai sur ce marché. Mon guide du jour a reconnu qu'il n'avait pas mis les pieds dans cette petite ville depuis une dizaine d'années, époque où il n'y avait pas de maisons et où on croisait davantage de femmes Padaungs.

Sur le chemin du retour, on en rencontre une de ces femmes dans une maison. Et là, c'est le bouquet, elle réclame 10 000 k pour se faire photographier. Il n'y a pas beaucoup de touristes ici, mais il ne faut quand même pas abuser. Le mécanicien qui m'accompagne semble déçu de ne pas avoir montrer plus de femmes en tenue traditionnelle. Mais j'ai bien compris qu'elles n'étaient plus si nombreuses dans leur région d'origine.

 

De retour à Loikaw, il m'offre une pierre provenant des montagnes Kayah et qui a des similitudes avec un diamant, me dit-il. Me voilà riche !

Je pars ensuite visiter les monastères de la ville dont un qui accueille une cérémonie des novices. Les enfants portent des tenues vestimentaires ravissantes et sont maquillés pour l'occasion. Avec cette chaleur, ils n'ont quand même pas l'air très à l'aise dans cette accoutrement. Les adultes m'invitent à manger en leur compagnie, et je me régale de riz, poulet, patates, salade de mangues...

Je pars ensuite visiter le plus beau temple de la ville, perché sur des pitons rocheux. D'en haut, on jouit d'une belle vue sur la ville. Il fait de plus en plus chaud et toujours pas d'orage en vue. Je me décide ensuite à me rendre chez le coiffeur, surprenant tout le personnel féminin. Pour 1 000 k, j'aurai droit à une belle coupe.

 

Le soir, repas dans un resto proche de la guesthouse, avec pour seule enseigne un panneau publicitaire pour de la bière. Très agréable surprise : riz frit avec du porc et un oeuf, une soupe pour 1 200 k.

 

Dimanche 18 mai 2014 : Retour à la case départ

Ce matin, j'emprunte un vélo à la réception de l'hôtel. Je m'engage d'abord à l'Est de la ville, longeant une base militaire. En route, on me prévient que je ne verrai pas grand chose si je continue dans ce sens. Il faut que je rebrousse chemin et pars vers le nord de la ville.

Je fais une halte au grand marché au nord de Loikaw. L'endroit est animé et j'ai droit à de nombreux sourires au cours de mes passages dans les allées. Un touriste sur ce marché, ce n'est pas tous les jours que ça arrive.

 

Je me retrouve sur un chemin que j'avais déjà emprunté le premier jour. C'est dimanche et comme la région est très marquée par le catholicisme, je m'arrête dans une église. J'attire plus l'attention des enfants agités que du prêtre qui se concentre sur son texte en Birman.

 

Je retourne ensuite au village de Sam Bo qui semble bien être le seul autour de Loikaw à abriter des femmes Padaungs en tenue traditionnelle. La plupart d'entre elles passent leur temps à tisser dans les maisons ou sur les balcons. L'une d'elles m'invite à boire le thé. On échange des regards, quelques sourires mais on ne peut pas se comprendre. Un jeune de la famille vient à mon secours et lâche quelques mots en Anglais. Il m'explique que sa mère est la seule dans la famille à porter des anneaux et qu'ils sont huit frères et soeurs.

 

Je quitte le village et pars pour un long périple jusqu'à Si Ma Saw, des fois que je croiserai d'autres minorités en route. En fait, je ne rencontrerai qu'une vieille dame Kayah avec une tenue fort originale, et d'énormes boucles d'oreilles.

Un peu plus tard, je m'arrête dans un monastère où pendant que des enfants jouent au football local, le chinlone, d'autres se rasent les cheveux. Dès que je montre les photos aux jeunes moines, c'est l'emballement général.

Serai de retour vers 17 heures à Loikaw après cette belle balade, toujours sous la chaleur. Le soir, je déniche un petit resto derrière le marché central. Excellent : riz, soupe, pommes de terre, maïs, boulettes de porc, haricots verts... 1 500 k.

 

A suivre, ma journée dans l'un des derniers villages Padaungs, à Panpet, où cette fois, je ne saurai plus où donner de la tête, tant il y a de femmes girafes...

Au pays des femmes girafes
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Severine 09/06/2017 06:23

Bonjour, Merci pour toutes ces informations. Mon avion arrive un samedi a10h du matin à Yangon. Je voulais prendre un bus dans la foulée pour Loikaw, est ce que vous pensez que c'est trop juste pour attraper le bus de 12h15? Combien de temps il faut depuis l'aeroport pour se rendre à la gare routière?
Merci!

Christophe 09/06/2017 10:33

Bonjour,
ça me paraît un peu compliqué même si il faut compter 40-45 minutes pour rejoindre la station de bus depuis l'aéroport. Le problème est que si vous n'avez pas de billet à l'avance, pas sûr que vous trouviez une place à la dernière minute.
Christophe

Mumu 12/01/2017 08:49

Quel plaisir de lire ton blog, nous sommes a loikaw en ce moment. On a voulu rencontrer ces minorités ethniques a notre tour, sans vouloir être dans le circuit touristique. Ici pas de carte, aucune indication sur google, mappy ou autre, juste des échanges avec les locaux... ca a rendu la chose tellement unique. Ce message est simplement pour apporter précisions à ton sujet, pangka est le village à demander pour la direction, sam bo est juste avant sur le chemin. Il faut prendre la direction du sud, pour le reste je vous laisse vivre l'aventure. Comptez entre 8 et 10 km, a pied, vélo ou même pick up (sans certitude). Belle découverte, ca vaut la peine de se balader dans le village et d'observer ces scènes de vie. On a préféré rester discret de notre côté. Bon voyage

Christophe 18/01/2017 02:34

Coucou
Merci pour ce retour. Suis également en Birmanie en ce moment. Si vous êtes toujours à Loikaw, je recommande de monter vers Pekon et prendre le bateau jusque Nyaungshwe. Il y a un bateau public chaque matin à 9 h.
Bon voyage
Christophe

ch 11/06/2016 22:32

bonjour
merci de nous faire partager toutes tes riches découvertes. je suis partante pour suivre tes pas à Loikaw avec qques questions...
-si j ai bien compris pas besoin d'autorisations spéciales..
-les villages seraient accessibles à pied (et pas en moto je pars avec deux ados...)?
-crois tu que cette destination est faisable en juillet....
et enfin...j ai lu qu'il était possible de rejoindre Loikaw depuis Nyaungshwe...enfin faire lac Inlee puis descendre sur sur le lac samkar jusque Phe Khon, à une heure de route de Loikaw...qqchose comme ça? est ce réalisable ?
Merci déjà pour toutes ces images qui nous envolent déjà

Christophe 12/06/2016 09:46

Bonjour,
Non il n'y a pas besoin d'autorisation spéciale pour visiter Loikaw et ses environs. Pour la location de motos, je pense que c'est maintenant jouable à Loikaw. Mais sans certitude. Je confirme cette destination est accessible depuis le sud du lac Inle.
Tous les villages ne sont pas accessibles à pied mais il y a moyen de louer un taxi éventuellement. En juillet la région est accessible, ce n'est pas la région ou il y a la plus forte mousson.
Christophe

Liloune 05/12/2015 09:08

coucou! ça n'a pas vraiment de rapport avec l'article mais ça peut toujours servir! j'ai trouvé un site qui permet de toucher un ptit salaire (350€ à 450€ par mois) en répondant à des sondages en ligne! c'est pas beaucoup mais ça permet tout de même de mettre du beurre dans les épinards! bref! voilà le lien du site pour qui ça pourrait intéresser: www.sondage-france.com profitez-en aussi ;-)

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