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Le blog de Christophe

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Récit de dix voyages en Birmanie (Myanmar)


Rencontre avec Luc Besson pour son film The Lady

Publié le 29 Novembre 2011, 10:02am

Luc Besson : < J'ai pleuré

en lisant le script >

 

 

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Connu pour ses films Le Grand Bleu, Nikita, Léon, Le Cinquième Elément, Jeanne d'Arc ou encore Taxi, le réalisateur Luc Besson s'est lancé un nouveau défi avec un film dédié à une femme d'exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifie son bonheur personnel pour celui du peuple Birman. The Lady est l'histoire d'une femme devenue l'un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie. Pour nous en parler, son réalisateur Luc Besson rencontré tout récemment au cours d'une avant-première. Entretien avant la sortie officielle ce 30 novembre 2011.

Comment est venue l'idée de faire un film sur Aung San Suu Kyi ?

 

Un jour, Michelle Yeoh (le rôle principal) m'a ramené un script. Elle m'a dit si tu as du temps, je veux que tu réalises ce film. J'avoue que j'étais pas mal pris, mais je suis tombé fou amoureux du script. J'en ai même pleuré en le lisant. Je trouve cette femme incroyable, elle redonne foi en l'être humain. Elle se bat par amour pour son pays, pour sa famille et pour son père. Elle ne recherche pas la gloire et ça fait du bien de voir un bel être humain, surtout à notre époque.

 

Que saviez-vous de cette femme avant de tourner le film ?

 

Je n'en savais pas grand chose sauf que c'était une dissidente birmane et qu'elle se battait pour la paix, qu'elle était prix Nobel. J'avais l'image de cette femme forte et ce qui m'intéressait, c'était de savoir comment elle était devenue Aung San Suu Kyi. Maintenant, ce que je sais, c'est qu'elle a à sa disposition une arme absolue : l'amour de son pays, de son mari, de ses enfants et de son père.

 

Le film a été principalement tourné en Thaïlande, ce qui était sûrement inenvisageable en Birmanie...

 

On n'aurait même pas pu mettre un pied en Birmanie. C'était impossible. Il n'y a pas de cinéma, pas de culture dans ce pays. C'est tout simplement banni . Regardez le comédien Zarganar, il a été libéré récemment de prison, tout ça parce qu'il était un des rares comiques dans le pays. Pour quelques blagues sur le régime dans un bistrot, il a été privé de liberté.

 

Vous avez quand même réalisé quelques images en Birmanie, avant même le tournage. Quelles ont  été vos premières impressions sur ce pays ?

 

C'est l'un des plus beaux pays au monde, l'un des peuples les plus gentils et souriants au monde. C'est aussi le pays de tous les contrastes dans lequel il y a le plus de richesses au monde alors que la population y est très pauvre. Il y a aussi ce régime totalitaire. Bref, c'est un cocktail impossible pour l'être humain.

 

Comment avez-vous fait pour reconstituer la maison d'Aung San Suu Kyi puis la  remise du prix Nobel, sachant que sa demeure était interdite aux visiteurs et qu'elle restait cloîtrée chez elle, en résidence surveillée ? 

 

Ce fut un vrai travail de fourmi qui a duré deux années. On a récupéré des informations qui étaient les plus proches de la réalité. Pour la remise du prix Nobel, on avait le DVD de la cérémonie. Quant à la maison, elle a été reconstituée au millimètre près. Nous avons recherché de nombreuses photos de la maison, notamment pour les intérieurs. On a reconstruit la maison parfaitement à l'identique, au détail près comme le piano, de la même marque que celui dont elle disposait. Après le tournage, je l'ai rencontré. Croyez-moi lorsque je suis arrivé chez elle, j'ai eu un choc, j'avais l'impression d'être revenu sur le décor du film. Elle m'attendait à l'entrée avec le longyi (la tenue vestimentaire birmane) et j'ai cru que c'était Michelle Yeoh, tellement elles se ressemblent.

 

Comment s'est passée cette rencontre ?

 

Nous avons échangé, mais à aucun moment elle ne m'a demandé à voir le film. Elle n'a même pas lu le scénario et elle n'est jamais intervenue dans quoi que ce soit dans ce film. On dit bien au gouvernement birman qu'elle n'a jamais participé de près ou de loin à ce film.

 

A aucun moment au niveau du tournage vous n'avez senti une certaine pression de la part du régime birman ?

 

Même si nous tournions dans le pays voisin, nous sommes restés très discrets. On a changé tous les noms sur le scénario. On a su rester invisible très longtemps. Mais sur la fin, il était temps qu'on parte car on commençait à sentir que ça coinçait. On voyait bien que les Thaïs ne voulaient pas d'incident diplomatique avec la Birmanie. Et puis, nous avons aussi fait un casting dans un camp de réfugiés birmans en Thaïlande. Il y avait 200 figurants birmans et c'est la première fois qu'on me demande de ne pas mettre leur nom dans le générique. Pas crainte de représailles, on ne peut même pas les honorer.

 

En plein tournage, en novembre 2010, Aung San Suu Kyi a été libérée, cela a-t-il changé vos plans ?

 

Cette libération nous a fait énormément plaisir. Quelque part, même si ce n'était pas le rôle du film, on espérait que ça pouvait influencer. Maintenant, le film reste d'actualité car son peuple n'est toujours pas libre, car la Birmanie n'est toujours pas une démocratie.

 

Avec ce film, pensez-vous toucher le grand public car, malgré tout, la Birmanie paraît bien loin de tout et reste très méconnue ?

Le film vit sa vie. Ca fait 30 ans que je fais du cinéma et on ne sait jamais à l'avance. J'étais en Corée il y a trois semaines et un jeune de 15 ans vient me voir et me dit qu'il a vu Subway à trois reprises. Quand le film est sorti, il n'était même pas né. Certains films entrent dans votre coeur, dans votre mémoire. On ne sait pas quel public on va toucher. Ce que je sais, c'est que j'ai fait trois festivals en Asie et que c'était de la folie. Là bas, Aung San Suu Kyi est une icône, une déesse. Pour toute une partie du monde, ce sera un événement et ça le sera aussi sûrement en France.

 

Pensez-vous que ce film puisse avoir des retombées positives pour ce pays ?

 

Un film tout seul ne peut rien faire. Maintenant avec Amnesty International, les Nations Unies, Bono avec ses chansons engagées, ou encore Jane Birkin et bien d'autres... c'est l'ensemble de toutes ces actions qui met en lumière en permanence le problème.

 

Pensez-vous qu'un jour ce film soit autorisé dans les salles de cinéma birmanes ?

 

C'est un rêve, j'adorerais . En attendant, j'autorise tous les Birmans, seulement les Birmans, à pirater le film. Le piratage est un gros problème pour ceux qui réalisent des films. Mais plus il y a de piratage en Iran, en Corée ou en Birmanie, mieux c'est. Pour tous ces gens-là, c'est un plaisir.

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