Retour à Mindat, au coeur des montagnes et à la rencontre des femmes au visage tatoué, avant le lancement de la fête nationale de l'état Chin. Le lieu idéal pour les amoureux de trekking. Que la fête commence !
A chaque voyage en Birmanie, il y a toujours un voyage un peu plus compliqué et surtout plus long que les autres. Cette fois, il s'agit de rallier Mindat dans l'état Chin depuis Bogale dans le delta de l'Irrawaddy. Pas une mince affaire quand on sait que les deux destinations sont totalement à l'opposé.
Départ vers 8 heures de Bogale dans un bus local (3 500 k) qui multiplie les arrêts. Résultat : il arrive vers 11 h 30 à Dala où il faut encore prendre le ferry pour rejoindre Yangon. Il faut maintenant trouver un billet de bus pour Pakokku. Direction les agences proches de la gare centrale des trains. Le billet de bus en VIP avec la compagnie Famous revient à 26 000 k. Il faut maintenant patienter jusqu'à 21 heures, heure de départ.
Un petit tour dans le centre de Yangon, restauration dans un établissement de spécialités Shan, un arrêt à l'hôtel Sule pour prendre l'air frais. Avant de rejoindre en taxi, la station de bus Aung Mingalar.
Le bus part à l'heure, je suis allongé sur deux fauteuils car il n'est pas plein. Après quelques arrêts obligés (toilette, repas), toujours difficiles à supporter quand on est assoupi, on atteint Bagan vers 6 h 30, puis Pakkoku à 7 h 45.
Coup de chance, un minibus part dans 30 minutes (il y en a encore un autre en début d'après-midi) pour Mindat et il reste de la place. C'est parti pour cinq heures de route à travers la plaine puis les montagnes de l'état Chin. Vers 13 heures, le minibus s'arrête devant la guesthouse Se Naing Family où Monica, la gérante, m'accueille chaleureusement.
J'ai bien fait de réserver à l'avance car la guesthouse affiche complet en raison notamment de la tenue le 20 février de la fête nationale de l'état Chin qui attire bon nombre de touristes et de groupes.
J'ai le droit à une petite chambre avec salle de bain commune. ça fera l'affaire. Une bonne douche et vais me dégourdir les jambes dans Mindat où je suis impressionné par le nombre de travaux en cours. Il y a d'abord la route qui est en réfection, mais il y a surtout une multitude de maisons en construction à flanc de montagne. L'ambiance est donc poussiéreuse dans cette bourgade et je m'en échappe par la petite route qui mène à la rivière.
Une de mes balades préférées pour assister à des scènes de vie à n'importe quelle heure de la journée. Il ne me faut pas très longtemps pour apercevoir les premières femmes au visage tatoué. Je prends en photo les plus souriantes et surtout celles qui acceptent. Ce qui n'est pas toujours le cas.
En ce milieu d'après-midi, de nombreux enfants jouent devant les maisons. Certains sont craintifs en m'apercevant, mais quelques plaisanteries plus tard, je gagne vite leur confiance.
Après cette petite balade, direction un petit restaurant où je n'avais pas trop mes habitudes. Il est plus proche de la guesthouse, arbore un logo "Grand father" et propose un menu en Anglais. Le repas composé de riz frit poulet et d'une soupe est plus que correct (4 000 k).
Les longues heures de bus m'ont épuisé. Ma chambre donne sur la rue et même le bruit ne m'empêchera pas de m'endormir vite.
Le petit déjeuner à la Se Naing Family guesthouse est toujours aussi délicieux avec fruits de saison, avocats, oeufs, pain, Shan noddle, café Chin... De quoi partir du bon pied pour une bonne marche à travers les montagnes.
Aujourd'hui, ce sera sur la route de Matupi, là où il y a le plus d'habitations et où on peut faire facilement des rencontres. Je retrouve des visages qui me sont familiers comme cette femme avec de grosses boucles d'oreilles en bois assorties de fleurs et qui ne veut pas être photographiée. Ou encore cette dame assise dans sa cour et qui est à l'honneur sur les affiches touristiques, elle qui joue de la flûte avec son nez.
Et parfois, pas besoin d'aller bien loin pour faire des rencontres surprenantes. A côté de la guesthouse, il y a ces deux femmes âgées avec des morceaux de bois dans les oreilles et des tatouages sous la forme de points sur le visage. L'une d'elles file de la laine à l'abri des regards avant de venir à ma rencontre. Elle essaie de me parler, mais faut reconnaître que j'ai un peu de mal avec la langue Chin.
La journée va défiler au rythme des rencontres avec ces femmes tatouées, ces enfants jouant ou revenant de l'école, ou encore ces habitants qui viennent de sacrifier un boeuf et sont en train de dépecer la bête au bord de la route. Je suis impressionné par l'homme qui s'improvise boucher du jour avec ses deux grosses boucles d'oreilles et surtout ses imposantes plumes sur la tête.
Il sourit en me voyant et veut m'offrir l'alcool de millet, qui coule à flot dans quasiment toutes les maisons où j'ai pu apercevoir des rassemblements. On dira que ce sont les prémices de la fête nationale. Justement un peu plus loin d'une maison, où l'alcool est servi généreusement, un groupe d'adultes sculpte un totem et y inscrit la date du 20 février, jour de la fête.
En fin de journée, je vais observer les stands qui se sont installés sur le stade de foot. C'est ici qu'aura lieu la fête. Ce n'est pas encore la grande foule mais la sono fonctionne déjà à fond. Aujourd'hui, j'ai effectué 25 km à pied, sans vraiment m'en rendre compte tant j'ai fait de rencontres en chemin.
Bon j'ai bien crapahuté hier et vais encore en faire plus aujourd'hui dans les chemins de montagne. Sur la route de Matupi, je vais à un moment donné bifurquer sur la gauche et rejoindre des villages que j'avais déjà visités par le passé.
Des petits villages disséminés dans les montagnes et qui, aux heures les plus chaudes, sont plutôt calmes. Les adultes travaillent dans les terres. Je croise d'ailleurs quelques femmes qui portent du bois dans des paniers. Quant aux enfants, s'ils ne sont pas à l'école, ils s'amusent à l'ombre des maisons avec des billes, des cartes bien usées ou des jouets d'un autre temps.
Ce jour-là, je vais aller jusqu'à Am Laung, le plus grand village de ce côté-là de la montagne. Un village qui compte une école en contrebas. C'est là que je vais faire demi-tour, faisant rire au passage trois femmes en tenue traditionnelle qui doivent se demander ce que je fais là.
Le chemin du retour sera un peu plus compliqué car tout en montée. Les personnes qui étaient à l'abri dans les habitations au moment de mon passage -pour cause de chaleur - commencent à sortir. Les enfants sont un peu moins timides, des femmes tatouées se laissent photographier.
Je fais quelques pauses dans des villages où j'essaie d'échanger avec les locaux. Bon ce n'est pas partie gagnée, mais au moins j'aurai essayé et ça a eu le mérite de bien faire rire tout le monde.
Je regagne la bourgade après cette longue balade de plus de 27 km et tombe sur une petite boutique qui vend du café de l'état Chin, réputé à travers toute la Birmanie comme étant l'un des meilleurs du pays. Je me laisse tenter.
Aujourd'hui, c'est le jour de la fête nationale Chin. J'y avais déjà assisté par le passé à Hakkha, la capitale de cet état, mais c'est la première fois à Mindat et je ne vais pas être déçu.
Je m'attendais à une ambiance un peu kitsch avec des jeux traditionnels, des chants, de l'alcool à gogo, des stands de nourriture... Bref une ambiance de kermesse. Eh non ce matin, ce sera tout le contraire. A deux pas de l'hôtel, des hommes en tenue traditionnelle Chin défilent et jouent de la musique avec des instruments locaux.
Ils portent de grosses boucles d'oreilles et pour certains d'impressionnantes plumes sur la tête. Le petit groupe est très vite rejoint par un second groupe de musiciens et de femmes en habits traditionnels dont certaines sont tatouées, puis un troisième groupe. Le tout formant un long cortège qui prend la direction du stade où se tient le rassemblement.
Plusieurs groupes venant de différents villages autour de Mindat vont ainsi se rejoindre. Les festivités ont attiré les touristes, plus nombreux qu'à l'habitude à Mindat. A tel point que la Se Naing Family guesthouse n'avait plus une seule chambre de libre. Les autres guesthouses du bourg sont dans la même situation, même les plus sommaires. Toutes les chambres seront quasiment libérées à l'issue de la fête.
Le spectacle du festival vaut vraiment le détour et s'avère aussi très intéressant pour les photos. Avec cette ambiance festive, les femmes tatouées se laissent très facilement photographier. Ce qui d'ordinaire est plus compliqué. Quant aux hommes, ils prennent les plus belles poses, fiers de leur tenue traditionnelle.
Même certains enfants arborent les vêtements Chin, tandis que de jeunes filles exhibent des tatouages peints sur le visage. On sent beaucoup de fierté chez les Chins, un Etat à part en Birmanie, où les habitants parlent leur propre langue et où la religion est essentiellement portée vers le catholicisme ce que qui diffère avec le reste du pays. Le moins point est que l'Etat Chin est un des plus pauvres du pays.
Après les traditionnels discours, des danses se succèdent dans le stade avec des hommes qui se déchaînent, parfois en tenant un gros couteau à la main, le tout encerclés par d'autres danseurs. Une ambiance très prenante qui me rappelle celle du festival Naga, plus au nord dans le pays.
Dans l'après-midi, l'ambiance tourne plus à la kermesse avec de la restauration Chin qui fait la part belle à l'alcool de millet et des jeux de précision qui permettent de gagner des boissons alcoolisées. Pas étonnant que certains participants à la fête soient dans un état d'ébriété avancé.
Dans l'après-midi, je quitte les festivités pour une petite marche sur le chemin menant à la rivière. Un endroit où j'ai mes habitudes et où je rencontre régulièrement de nouveaux visages.
Le soir, repas au resto à l'enseigne Grand Mother où là aussi j'ai pris mes habitudes avec cette fois-ci riz frit poulet et salade de tomates.
Ce soir à l'hôtel, la patronne me prévient qu'il y aura des danses avec des tenues traditionnelles dans le stade. Rendez-vous est pris à 23 heures, mais je n'en ai pas le courage et la musique que j'entends depuis ma chambre ne m'incite pas à m'y rendre. ça ressemble plus à un show pour la jeunesse birmane.
Ce matin, je me décide à partir en balade de l'autre côté de la montagne, en empruntant le chemin qui descend à proximité de la guesthouse. Sur une carte, il y a l'air d'y avoir pas mal de villages dans ce secteur. Mais force est de constater que je n'ai pas dû emprunter la bonne route.
Il y a bien quelques maisons pour débuter le parcours, mais très vite je m'enfonce dans une forêt dense avec pour seule rencontre des porteurs de bois. Je descends dans la forêt en espérant tomber sur un village. C'est peine perdue, s'il y a un village, c'est nettement plus loin qu'il faut aller et rejoindre l'autre versant de la montagne. Je n'en ai pas le courage.
Je décide de faire demi-tour, toujours à travers la forêt et en prenant quelques raccourcis à travers des plantations. Finalement, je retrouve les villages en contrebas de Mindat et sympathise avec un couple qui vient de couper du bois et dont la femme a le visage tatoué. On échange des regards, des sourires pendant de longues minutes. Je sors quelques mots en Birman et immédiatement, cette femme s'en amuse, riant à chacune de mes paroles.
Je regagne Mindat par les petits sentiers et découvre de nouveaux villages avec des habitants souriants, des enfants qui me font des signes ou des personnes âgées qui veulent m'inviter à boire l'alcool local.
La balade se prolonge dans les environs de Mindat, sur des chemins je ne connaissais à peine. Le soir, repas au resto où j'ai pris mes habitudes avec des images pleins la tête, du festival à tous ces treks dans les montagnes en passant par ces rencontres avec la population locale.
Demain, départ pour une autre destination diamétralement opposée avec la plage de Ngapali, un endroit nettement plus touristique et qui a également beaucoup à offrir.