On ne va pas à Ngapali Beach que pour la farniente sur les plages paradisiaques. Le plaisir, c'est aussi d'aller à la rencontre de ses habitants, ses hommes et ses femmes qui vivent uniquement de pêche et vivent dans des conditions rudimentaires.
Samedi 22 février 2020 : Une courte halte à Bagan
Ce matin, le petit déjeuner chez Monica est toujours aussi copieux : avocats, pain, café à volonté, oeuf, soupe, shan noddle, bananes... On quitte la guesthouse et ma petite chambre donnant sur la route, et un peu plus bruyante qu'à l'accoutumée.
Vers 8 h 10, le minibus pour Pakokku arrive devant l'établissement. Il n'est pas complet et fera le trajet depuis Mindat, en à peine 5 heures. Le chauffeur veut bien nous emmener jusqu'à Bagan, de où un vol pour Ngapali est prévu tôt demain matin. Mais il réclame 70 000 k pour trois personnes, le prix baissant le long du trajet pour atteindre 50 000 k. Il fait comprendre que dans l'après-midi, il n'y aura plus de bus à la station de Pakokku pour Bagan. Finalement, il s'arrête à une station service et trouve un véhicule qui pour 30 000 k nous emmènera à destination, en moins d'une heure.
C'est à New Bagan que je suis hébergé, au Sunrise Hotel, avec une chambre à 17 dollars. Un établissement un peu excentré des sites principaux, mais confortable et proche de l'aéroport.
En un après-midi, je vais me contenter du minimum, une marche le long de la route principale jusqu'à Nyaung U. En chemin, je tombe sur une Birmane qui veut m'inviter chez elle et m'explique qu'il y a une cérémonie un peu plus loin suite au décès d'un moine. J'entends des hauts parleurs au loin.
La cérémonie a lieu à proximité du monastère des Trois pagodes que je profite pour visiter. Je suis le son de la musique et me retrouve sous un chapiteau et devant un nombreux public. La cérémonie est assez curieuse avec des chants, des tenues traditionnelles, des danses... à côté du cercueil du défunt et face aux spectateurs, le tout dans une ambiance assez théâtrale.
Je quitte les lieux, me perds à travers quelques sentiers alors que la chaleur est toujours à son maximum. J'en regretterai presque le petit air frais des montagnes de l'état Chin.
Je finis par dégoter un petit resto au bord de la route. Je commande une salade de tomates, un curry poulet et patates et un jus de papaye. Un délice à prix doux.
Dimanche 23 février : De Bagan à Ngapali
Le sympathique personnel de la guesthouse a accepté que le petit déjeuner soit pris avant 7 heures du fait que le vol est prévu à 8 h 20. Sympa aussi la navette gratuite jusqu'à l'aéroport.
Les formalités sont ultra rapides à l'aéroport à tel point que mon bagage à main passe les contrôles avec une bouteille d'eau et un couteau que j'avais oublié à l'intérieur. En prime, l'avion qui fait escale à Heho part avec une heure d'avance. Il n'y a qu'en Birmanie qu'on voit ça.
L'arrivée à Ngapali se fait sans encombre. Un taxi (5 000 k) nous emmène au Villager Lodge sur la plage Nord. Hôtel déniché sur internet à un peu plus de 21 euros la nuit. Et il va s'avérer remarquable pour ce séjour de cinq nuits.
Il faut dire que ces dernières années, la plage de Ngapali, réputée comme la plus belle de Birmanie, est devenue nettement plus accessible aux petits budgets. De charmantes guesthouses à prix abordable ont fait leur apparition. On trouve même un dortoir et un camping était en cours de construction lors de mon passage.
Avec un budget serré, on peut donc se faire un petit plaisir à Ngapali qui n'était accessible que par avion il y a encore quelques années. Mais que l'on peut aussi rallier en bus au départ de Yangon ou Bagan, via Pyay. C'est nettement plus long, il y a les montagnes et les virages à franchir, mais en bus VIP c'est jouable sans trop de souffrances. Compter quand même plus de 15 heures de route.
Le Villager Lodge est de l'autre côté de la route, au milieu des habitations et des cocotiers, et à 200 mètres de la plage. A peine arrivé, je me précipite sur la plage et vais me baigner. La mer est moins chaude qu'en octobre lorsque j'étais à Gwa plus au sud. Il faut reconnaître qu'à cette période-là, après la saison des pluies, l'eau était presque trop chaude.
A Ngapali, la mer est calme, peu profonde et permet d'atteindre les bateaux de pêche qui ne repartiront en haute mer qu'en fin de journée. Le soir, ce sera repas au Queen Sea restaurant qui sert du bon barracuda ou du thon grillé à 7 000-8 000 k.
Lundi 24- mardi 25 - mercredi 26 février- jeudi 27 février 2020 : Des plages paradisiaques aux villages pauvres des pêcheurs
Durant le reste du séjour, ça va être plage, vélo (qui sont à disposition à la guesthouse), marche, transport dans les tuk tuk collectifs... et visite des villages de pêcheurs plus au sud.
Des endroits qui semblent bien éloignés des plages paradisiaques et pourtant si proches. Ici, la population vit essentiellement de la pêche, dans des conditions parfois extrêmes avec ces maisons entrouvertes, couvertes de feuilles de palmiers et de planches de bois. Pas de lit, pas de cuisine, pas d'eau courante. Les habitants dorment à même le sol ou dans un hamac.
Le feu pour la cuisine se fait à l'extérieur et l'eau est récupérée dans des points d'eau collectifs avec robinets où chacun attend son tour avec ses grosses bassines posées sur la tête.
Des maisons très sommaires qui souvent jouxtent des tas de détritus. Si les plages pour touristes sont régulièrement nettoyées, les bords des villages de pêcheurs ne le sont pas. Ici les habitants déposent les déchets en bord de mer et attendent que la marée ne les emporte. Des détritus qui échoueront sur d'autres plages.
A côté même des poubelles, il n'est pas rare de voir les poissons sécher au soleil, dans des conditions pas toujours très réglementaires. Le clou du spectacle, c'est cette jeune femme qui manipule les poissons et crie après son petit enfant qui par inadvertance urine sur les poissons qui sèchent au sol. Une scène qui passerait presque inaperçue dans ce lieu où les normes d'hygiène sont inexistantes.
Pour autant, il ne faut pas se priver de manger du poisson, frais bien sûr. Tous les restaurants en bord de route en servent, quasiment tous au même prix. On y trouve, selon la saison, la pêche du jour : sniper, barracuda, thon...
En bord de mer, des gargotes servent aussi du poisson ou des crevettes qu'elles font griller sur le barbecue. Un délice à petit prix.
Durant ce séjour, je me suis fait un plaisir de me balader entre les habitations des villages de pêcheurs, avec sa population discrète lorsqu'un étranger se présente. On a souvent le droit à un petit signe amical des enfants, puis de grands sourires et un petit mot des adultes qui, selon les heures de la journée, préparent le poisson ou font la sieste. En attendant un nouveau départ en mer.
Des familles plutôt distantes, qui semblent gênées de montrer là où elles habitent. Il faut dire que leurs maisons ouvertes sur l'extérieur ne laissent pas beaucoup de place à leur intimité. On peut les voir manger, regarder la télé, faire la sieste, se laver... Des scènes de vie qu'ils partagent entre eux, mais plus difficilement - et cela se comprend - avec les étrangers.
Les femmes s'occupent des tâches du quotidien, tandis que les hommes sont moins visibles en journée. Des hommes qui attendent le retour en mer. Ils partent à différentes heures de jour comme de nuit, en fonction de la taille de bateau. En milieu d'après-midi pour les plus grandes embarcations qui reviendront chargées en gros poissons très tôt le matin, bien souvent avant le lever du jour.
Les bateaux ramenant les petits poissons reviennent dans la matinée, avant les grosses chaleurs. Les femmes s'y précipitent avec leur bassines pour les transporter jusqu'à un lieu de séchage entre la plage et les habitations.
En cette période de l'année, le Ngapali touristique est plutôt bien calme. Si la guesthouse où je suis est bien remplie, ce n'est pas le cas de nombreux autres hôtels, mais aussi restos qui pour certains peinent à attirer les clients.
Il faut dire que le coronavirus a fait chuter le nombre de visiteurs en Birmanie, notamment les Chinois - touristes les plus nombreux à travers le pays en temps normal - ou les étrangers qui passaient par la Chine et dont les vols ont été annulés.
A cela, il faut ajouter la crise des Rohingyas et des combats dans la région de l'Arakan, dans le secteur de Mrauk U, bien au-delà de Ngapali, mais bon nombre de touristes préfèrent s'abstenir et évitent ainsi cette station balnéaire.
Quelques adresses parviennent à tirer leur épingle du jeu comme ce resto Mr June que je découvre le dernier soir. Un repas délicieux, certes un peu plus cher que la moyenne et surtout bien plus original. Pas étonnant qu'il soit numéro 1 dans le classement sur Tripadvisor. Au menu : des grosses crevettes sur un lit d'avocat, un délice (12 000 k).
Jusqu'au dernier jour, j'ai profité des plages et des villages de pêcheurs où à force les locaux commencent à me reconnaître. Comme cette jeune fille, ramassant les poissons, au visage joliment maquillé de thanaka. Elle me sourit. Trois-quatre mots de Birman suffisent à ce qu'elle prenne les devants, effectuant des gestes pour me faire comprendre qu'elle veut s'envoler vers mon pays en ma compagnie. Elle ne doit pas savoir de où je viens et je ne saurai jamais si elle plaisantait ou pas, même si je suppose que oui.
Car pour cette fille de pêcheurs, la vie à Ngapali se résume aux poissons et à rien d'autre. Et son avenir dépendra toujours de la pêche et de tout ce qui tourne autour.
La pêche, je vais m'y exercer aussi, avec une petite expédition en mer, face à l'île de Ngapali à taquiner le poisson avec un petit fil qu'on rembobine et du calamar pour amorcer. Au final, quelques petits poissons remontés dont un venimeux qu'il ne fallait surtout pas toucher.
La partie de pêche revient à 30 000 k la demi journée. Préférez le matin lorsque le poisson est apparemment plus gourmand.
Une autre sortie en bateau est possible dans les environs de l'île, mais pour cette fois du snorkeling. J'avais déjà testé par le passé, c'est plutôt sympa, même s'il n'y a pas trop de poissons à observer.
Si le matin, le plaisir est d'aller voir les pêcheurs, la fin de journée cède sa plage aux couchers de soleil toujours aussi remarquables en bord de mer avec le soleil dont la teinte modifie les couleurs du ciel.
Le soir venu, on voit les bateaux au larges avec leur loupiotes de différentes couleurs qui éclairent au loin. Des bateaux qui seront de retour avant le lever du jour. Demain, une autre plage m'attend, beaucoup moins touristique celle-là : Gwa Beach, un peu plus au sud.