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Le blog de Christophe

Le blog de Christophe

La Birmanie (Myanmar) de la côte ouest de l'Arakan, aux montagnes de l'état Shan, en passant par le delta de l'Irrawaddy, l'état Kayah, l'état Chin et les coins les plus reculés du pays... Vingt ans d'expérience à vous faire partager avant votre départ pour l'aventure.


Le plus grand lac de Birmanie se dévoile

Publié par Christophe sur 26 Novembre 2017, 14:44pm

Je prends la route d'un lac nettement moins touristique qu'Inle. Direction le plus grand lac de Birmanie, le lac Indawgyi plus au nord, dans l'état Kachin. Un endroit paisible loin de tout où les amoureux d'ornithologie et de nature trouveront leur bonheur. C'est parti pour près de 19 heures de trajet.
Vendredi 13 octobre 2017 : Le long trajet vers Mandalay

 

Ce matin, je quitte avec regret la Se Naing guesthouse et promet à la patronne de revenir bientôt. Le minibus qui doit m'emmener à Mandalay se fait attendre et arrive finalement à 9 h 4 devant l'établissement. Mais contrairement au véhicule pris à l'aller, son moteur ne montre pas de signes de faiblesse. On aura le droit à un arrêt à mi parcours pour se restaurer. Au menu : des brochettes.

 

Le parcours est agréable entre les montagnes de l'état Chin, puis les plaines jusqu'à Monywa où j'aperçois au loin le Bouddha géant, l'un des grands au monde. Puis viennent toutes les pagodes perchées dans les collines, annonçant l'arrivée à Mandalay. Il est pas loin de 19 heures.

Je trouve une moto qui m'emmène à la Golden Dream guesthouse, dans la 87e rue. Un hôtel que j'ai déjà fréquenté par le passé et qui m'avait bien plu. La chambre tout confort est annoncé à 25 $, je la négocie finalement 20 $. Le personnel est charmant comme cette hôtesse à l'accueil qui malgré un Anglais approximatif veut m'expliquer tout ce qu'il y a à visiter à Mandalay. 

Cette même jeune femme me montre un petit restaurant juste derrière l'hôtel, qui au premier abord n'a rien de très engageant. Finalement il y a un menu en Anglais et le sweet and sour chicken s'avérera excellent et à prix doux (2 700 k). Je ferai une bonne nuit, bien récupératrice après toutes ces longues heures de bus.

 

Samedi 14 octobre : Avec la jet set birmane

 

Aujourd'hui, je dois retrouver l'ami Ko Min, lui qui m'avait permis de découvrir le festival Naga, l'hiver dernier. Mais avant, il me faut acheter un billet de train pour rejoindre le lac Indawgyi. Après un bon petit déjeuner au buffet de la Golden Dream, où je suis apparemment le seul étranger, je prends la direction de la gare à pied. Sachant qu'elle ne se trouve qu'à 15 minutes de distance de l'hôtel. Il fait déjà chaud dans les rues poussiéreuses de Mandalay où les trottoirs sont squattés par les véhicules en tous genres. C'est ce qui m'exaspère le plus dans cette ville, on ne peut pas emprunter les trottoirs qui font désormais office de parkings.

Arrivé à la gare, on m'envoie d'un guichet à l'autre. Il y en a un qui ne fait que Yangon, un autre ne prend pas en compte les réservations pour les trains couchettes, et le suivant n'accueille les clients que pour les compartiments ordinaires. J'apprends finalement au quatrième guichet que pour mon train, la classe couchettes affiche complet. Retour à la case départ.

 

Un agent me propose la classe ordinaire avant que son collègue l'interpelle car il a oublié de me proposer une place en classe supérieure. Les deux agents s'emportent sous mes yeux. J'ai même cru à un moment que ça allait en venir aux mains. Et tout ça pour qu'au final, on ne me délivre pas de billet... car j'ai oublié mon passeport à l'hôtel. Et il est obligatoire pour les réservations de train.

 

Retour à l'hôtel, mais cette fois-ci en moto-taxi (2000 k l'aller-retour). Un quart d'heure plus tard, je me repointe devant l'agent. Et j'obtiens un billet en classe supérieure pour 6 550 kyats. En croisant les doigts pour que le siège soit confortable et que je puisse dormir. Car la durée du trajet avoisine... les 15 heures.

Direction maintenant la 62e rue où l'ami Ko Min loge actuellement. Il prend des cours d'Anglais  dans un monastère où se trouve également un moine que j'ai connu il y a deux ans à Khamti. L'endroit est en travaux et j'observe de loin des cours dans des salles de classe. Mais pas de Ko Min. Et quand je demande à des moines s'ils le connaissent, ils répondent négativement. Des novices me regardent de travers et se demandent ce que peut bien faire un étranger ici. Au bout de quelques instants, j'aperçois le moine de Khamti qui me fait de grands signes depuis une fenêtre. C'est bon je ne suis pas perdu.

Il me fait voir l'endroit où se trouve Ko Min, une chambre avec cuisine très bien aménagée où il prend sa énième douche de la journée. Avec cette chaleur, il a bien raison. A peine arrivé, on file manger dans le monastère voisin. Bon il y a le traditionnel riz, la soupe, du porc, des légumes verts... mais ce qui me fait le plus craquer, ce sont des patates !

En début d'après-midi, on prend un bus pour la colline de Mandalay. Nous voilà partis pour une bonne grimpette. On n'a peut-être pas choisi la bonne heure. Il est dans les environs de 13 heures et c'est le moment le plus chaud de la journée. Au sommet, la vue est toujours aussi splendide. Mais je conseille quand même d'y aller au lever du soleil ou en fin de journée.

 

Après quelques photos souvenirs, on redescend tranquillement et Ko Min propose d'aller faire un tour au marché Zegyo, le plus grand de la ville. Vers 17 heures, on s'apprête à rejoindre ses amis. Je m'attendais à rencontrer des gens simples comme lui, mais finalement je me retrouve chez des Birmans aisés. On rend visite à une femme qui tient un commerce où sont entreposés des bidons de pétrole. A mon arrivée, j'aperçois d'imposantes liasses de billets sur un comptoir. Ce n'est pas en France qu'on ferait ça !

On nous dirige ensuite dans une salle climatisée avec écran géant qui me permet de jeter un oeil à un match de football. On boit un verre et avons droit à des fruits que ramène la servante de la maison. Ko Min discute avec la femme qui se propose ensuite de nous ramener au monastère. On nous propose un chauffeur et à un 4X4 flambant neuf avec vitres teintées.

On ne reste pas bien longtemps au monastère car nous sommes attendus par un autre véhicule, toujours un 4X4 avec trois jeunes filles et deux femmes à l'intérieur. Direction un restaurant en dehors de la ville, le Yunan. Un festin avec des grands plats de crabe, poissons grillés, des viandes et des bières pour les femmes qui les apprécient... Je suis rassasié. Entre-temps, j'admire les bijoux et les vêtements de mes accompagnatrices. Elles n'ont pas l'air dans le besoin, bien au contraire.

 

Vient le moment de payer l'addition. Une jeune fille sort une liasse de billets de 5 000 k et les compte comme à la banque. Au moment où le serveur lui rend la monnaie, elle grimace devant des billets de 1 000 kyats, sûrement sans grande valeur pour elle. Un autre côté de la Birmanie qui, il faut bien l'avouer, n'est pas ma tasse de thé. Mais au moins, j'aurai bien ri avec Ko Min qui a voulu suivre les femmes à la bière et dont les propos deviennent incohérents. On me ramène à l'hôtel en 4X4... le ventre bien rempli avant d'aller dormir.

 

Dimanche 15 octobre : De longues heures de train sans s'ennuyer

Ce matin, je me réveille avec le ventre en vrac. Souvenirs du repas de la veille où la soupe était particulièrement épicée. Ce n'est pas la grande forme et d'ici le départ du train (16 heures), je ne vais pas faire grand chose. 

 

Vers 15 heures, je suis à la gare. Il me reste une heure à tuer avant le départ. Mais je vais trouver de l'occupation. Il faut dire qu'il y a de l'animation autour de moi, entre les jeunes vendeuses de bouteilles d'eau qui ne cessent de m'interpeller ou encore les femmes avec ces énormes plateaux sur la tête qui se faufilent entre les usagers du train. Pastèque, poulet frit, plats tout préparés, graines de tournesol, friandises, gâteaux, samosas et même de l'alcool... J'arrête là l'inventaire car on trouve absolument de tout.

 

A 16 heures précises, le train quitte le quai. Mon siège inclinable bien rembourré est confortable. C'est toujours ça de pris pour un si long voyage. Mon voisin est un musulman originaire de Bago et il se rend à Myitkyina pour le travail. On sympathise très rapidement et j'ai le droit aux questions habituelles : " Suis-je marié ? ", " des enfants ? ", " quel est mon travail ? ", " combien coûte le billet d'avion de Paris à Yangon ? "... Malgré les à-priori sur les musulmans en Birmanie, l'homme échange très facilement avec ses voisins de compartiment, pour la plupart des bouddhistes. Ils se rendent service mutuellement, s'offrent de la nourriture, s'aident pour porter les valises... C'est très amical.

En revanche, avec mon voisin, nous n'aborderons à aucun moment les tensions autour des Rohingyas à la frontière du Bangladesh. J'étais à deux doigts de le faire, mais je ne voulais pas risquer de gâcher le voyage.

 

Le train est lent, mais ça n'empêche pas les secousses avec les rails. Quelque part, je ne regrette d'avoir bénéficié de cette classe plutôt que les couchettes, où apparemment ça bouge pas mal pendant le sommeil. Un court instant, je profite d'un chouette coucher de soleil sur les rizières et les montagnes. J'en profite pour prendre quelques photos avant le passage des contrôleurs pour vérifier les billets. Ils le feront d'ailleurs à plusieurs reprises pendant le trajet.

 

Apparemment les Birmans n'aiment pas s'allonger sur les sièges. Ils installent des nattes sur le sol et dorment par terre. Il y en a même certains qui ont trouvé refuge à côté de la porte des toilettes. Bonjour les odeurs !

Mon nouvel ami, qui m'invite volontiers à Bago lors de mon prochain passage, vient de s'endormir. Sa tête profite de mon épaule. Et voilà qu'il s'effondre à moitié sur moi. Bientôt viendra également mon heure. Finalement la nuit a été plus paisible que prévue. J'ai même mieux dormi que dans l'avion. Mais n'exagérons rien, ça ne vaut quand même pas un bon lit.

 

Lundi 16 octobre : Après 19 heures de trajet, place au calme du lac

Cinq heures du matin, j'ouvre un oeil. Mon voisin semble déjà en pleine forme. Décidément, les Birmans sont des lève-tôt. Pour ma part, je refais un somme jusque 6 heures, moment où j'aperçois une vendeuse de café. Elle tombe pile poil car j'ai un petit creux. Hier soir, j'avais mangé léger avec seulement du riz-poulet acheté lors d'un arrêt dans une gare. Un gâteau accompagnera mon café.

 

En peu de temps, on s'arrête dans plusieurs gares. Le train commence à se vider de ses passagers... et les vendeuses à se multiplier car c'est l'heure du petit déjeuner. Ca me permet de prendre de belles photos depuis la fenêtre de mon compartiment. Je suis toujours impressionné par ce qu'elles peuvent porter sur la tête et comment elles peuvent garder l'équilibre. J'ai même vu une femme qui marchait avec un plateau de travers alors qu'il était rempli. A sa place, il y a longtemps que je l'aurais fait tomber.

 

Vers 8 heures, on atteint la gare de Hopin, dernier arrêt avec le lac Indawgyi. Mon voisin est aux petits soins. Il prend mon lourd bagage pour le poser près de la porte. Il me souhaite bon voyage et peut-être à bientôt à Bago. On se quitte sur un " Inch'Allah" qui le fait bien sourire.

En gare de Hopin, les moto-taxis se précipitent vers moi et m'annoncent 10 000 k le trajet vers le lac. Un prix correct pour le trajet, mais j'ai peur que ce soit inconfortable. J'opte pour la solution du camion où on me demande également 10 000 k. Je négocie à 5 000, ce qui reste apparemment un prix bien supérieur à celui des locaux. Mais je n'ai pas le choix.

 

Le trajet jusqu'au lac doit normalement prendre une heure, mais il durera finalement trois heures. Le temps de charger, décharger et encore charger des marchandises en route. Avec en plus un arrêt repas et un check point où l'armée observe mon passeport sous toutes ses coutures. Il est 11 heures quand on me dépose à la guesthouse Indaw Ma Har, la seule habilitée à recevoir des étrangers à Lonton. Mais je me rendrai compte qu'il y en a deux autres qui peuvent aussi les accueillir.

 

J'avais lu beaucoup de choses sur cet établissement. L'endroit me plaît. Il faut traverser une longue passerelle pour l'atteindre. Le patron parle quelques mots d'Anglais mais il est très accueillant. Ce sera 10 000 k la petite chambre avec ventilo, moustiquaire et fenêtre donnant sur le lac. La terrasse où l'on peut boire le café ou le thé à volonté est ravissante et la salle de bain à l'ancienne est correcte. Une douche y a même été installée. Bref l'endroit idéal pour décompresser.

 

A ma surprise, il y a trois étrangers, deux Allemands et un Américain qui apparemment sont installés ici de longue date. Je ne perds pas une minute et me rends à l'office destinée aux touristes. Je loue un vélo pour une demi-journée (3 500 k) et récupère une carte du lac. Me voilà parti sur la route de Namde et vers la pagode Shwe Myitzu qui se trouve au beau milieu du lac.

Une bien belle balade en plein cagnard. Je profite des paysages, rizières à n'en plus finir, les montagnes aux alentours et des vues sur le lac. En chemin, les " hello " sont incessants de la part des écoliers ou des motocyclistes que je croise.

 

Je vais visiter la pagode sur le lac (1 000 k l'aller-retour en bateau) en compagnie de touristes birmans. La pagode est magnifique surtout quand on la contourne avec ses reflets dans l'eau. Une pure merveille que je photographie sous tous les angles.

A Nande, je vais assister à une fête avec le groupe ethnique des Shan Nie qui vit autour du lac. Les adultes ont vêtu leurs plus belles tenues tandis que les enfants défilent dans le village. De la musique traditionnelle est jouée pour l'occasion avec certains instruments de fabrication locale comme ces morceaux de bambou coupés en deux et que les musiciens du jour font claquer.

 

Tout le cortège défile dans le village. Les femmes portant des offrandes sur la tête. Les enfants de l'école se joignent à la cérémonie. C'est le moment que je choisis pour me prendre une belle gamelle. Heureusement sans gravité.

 

Je suis ensuite invité à manger sur le lieu de la cérémonie, mais je dois hélas refuser. Car la route est encore longue et je dois rendre le vélo avant 17 heures.

Une femme sympathise avec moi et tient absolument à me montrer une curiosité du village. Deux éléphants dont un bébé. L'adulte est utilisé pour les travaux dans les forêts.

J'irai jusqu'à Nammilaung avant de faire demi-tour. Je crois d'ailleurs que les étrangers n'ont pas le droit d'aller beaucoup plus loin. C'est du moins ce qu'a essayé de me faire comprendre un miliaire que j'ai croisé à moto.

Il fait toujours aussi chaud sur le chemin du retour. Il y a quelques petites grimpettes, mais fort heureusement mon vélo est solide. Après quelques arrêts photos des rizières ou du lac, me voilà revenu à Lonton. Il est très exactement 16 h 55, juste avant que l'office ne ferme.

En fin de journée, je vais me prélasser sur la terrasse de la guesthouse. Le coucher de soleil approche et les bateaux des pêcheurs commencent à se faire plus nombreux. Deux pêcheurs ont même pris possession d'une partie de la terrasse pour poser leurs lignes. L'endroit est d'un calme, à l'opposé de ce qu'est devenu le touristique lac Inle.

Dans la soirée, près de la guesthouse, je trouve un petit resto qui va me préparer une noddle soup (500 k) exquise. Il est maintenant temps de prendre une douche qui est la bienvenue car je n'ai pas dû en prendre depuis 36 heures et mon départ de Mandalay ! Le soir, je m'endors sous la moustiquaire avec un polar...

Mardi 17 octobre : La journée des cérémonies

Six heures du matin, je suis opérationnel. Une douche, puis deux cafés sur la terrasse à admirer le lac et les bateaux de pêcheurs qui avancent lentement sur l'eau. Le patron de la guesthouse m'indique un petit resto où il y a des pancakes à la banane au menu. Je me laisse tenter (1 500 avec un grand café). 

Je loue un vélo et pars cette fois en direction du sud du lac. Le soleil n'a pas encore pointé son nez, mais ça ne va pas tarder. Je quitte la route principale pour m'arrêter dans le village de Shweletpan.

Endroit plaisant tout près du lac où une nouvelle fois je vais assister à une cérémonie. Il y a de la musique, du folklore avec des déguisements et des habitants qui ont vêtu leurs plus beaux habits.

Je suis encore invité à manger, mais je viens à peine de digérer mon petit déjeuner, et en plus la route qui m'attend est encore longue. Je poursuis mon périple, toujours sur la route principale qui s'éloigne un peu du lac. Arrivé au village de Wanmun, je suis à nouveau sollicité à une fête. Cette fois, c'est un mariage qui m'attend. L'heure est plutôt propice à un repas et en plus j'ai un petit creux. Je ne décline pas l'invitation et me retrouve à la table des mariés. Je suis filmé, photographié... à croire que je suis un invité de prestige. Quant au repas, il est délicieux avec de la viande de boeuf séchée, des noix de cajou, du porc... Un festin. 

J'ai bien fait de répondre à cette invitation car en plus de l'accueil chaleureux, on me fait comprendre que je me suis trompé de route. Plutôt que de faire le tour du lac, je partais en direction de Hopin, ce qui n'était pas du tout dans mes intentions.

Ma route continue vers Intha, puis vers Hepa. Une route dont l'état se dégrade au fur et à mesure que j'avance. Le goudron a cédé sa place à un chemin de terre avec des pierres. Quant à la chaleur, elle s'installe de plus belle. 

Les paysages sont sublimes avec ces maisons sur pilotis nichées dans les rizières. Des rizières tellement hautes que parfois seul le toit de la maison dépasse ou alors le chapeau en forme de cône d'un fermier. 

 

Il y a aussi toutes ces scènes de vie du quotidien : aller chercher l'eau, nourrir les bêtes, laver le linge, couper le bois, ramener les boeufs dans l'enclos... Au bord de la route, il y a toujours quelque chose à observer. Et quand ce ne sont pas des oiseaux migrateurs qui volent à quelques mètres de moi, ou des papillons tellement gros que l'on croirait des moineaux.

L'heure tourne et je tombe une fois encore sur une cérémonie qui semble prendre fin à Hepa. Il est presque 14 heures et je me vois mal être de retour à Lonton pour 17 heures en reprenant le vélo. Je me décide à dénicher un bateau et en trouve un après négociation à 12 000 k pour me ramener de l'autre côté du lac. Et m'éviter ainsi le chemin inverse à vélo.

Je préviens le batelier que je partirai à 16 heures, le temps d'aller explorer le village de Hepu, un peu plus loin. Je ne sais pas si mon interlocuteur à tout compris, mais je lui garantis que je serai à l'heure.

Le prix du bateau n'est pas donné, mais au départ il m'avait annoncé bien plus : 20 000 k. Le problème est que je suis seul et les bateaux publics se font plutôt rares dans ce secteur. Sur le trajet, j'en avais croisé un qui emmenait cinq locaux à Lwemun pour 2 000 k chacun. Mais ce n'était pas la destination de mon choix.

Le chemin menant à Hepu est catastrophique, mais le déplacement jusqu'à ce village vaut le détour. C'est un endroit charmant avec ses hautes maisons, les animaux à l'abri au rez-de-chaussée et les familles à l'étage à s'occuper des tâches du quotidien.

Après une brève visite, je retourne vers Hepa et retrouve mon batelier qui va me permettre d'éviter un retour épuisant. La balade sur le lac est fort agréable. On ne croise que quelques bateaux, essentiellement des pêcheurs. 

Le soir, dans un resto, on me proposera une balade d'une journée en bateau sur le lac pour 50 000 k. C'est apparemment le prix normal. J'avoue avoir hésité. Mais une journée de bateau, ça me paraît un peu long. Demain, le vélo fera encore l'affaire.

 

Mercredi 18 octobre : La longue route vers la pagode Shwe Taung

Ce matin, je vais dans mon petit resto habituel où je commence à m'habituer au banana pancake. Le bureau Inn Chit Thu Ecotourism Group qui propose des activités touristiques a ouvert bien avant l'heure. Ca tombe bien, j'ai envie de faire une longue balade à vélo, et rejoindre Nyaung Bin près de la pagode Shwe Taung, apparemment accessible en bateau pour 6 000 k. Puis il faut encore 25 minutes de monter à pied pour l'atteindre.

Me voilà parti pour un long périple avec le même vélo qui m'accompagne depuis trois jours et qui jusqu'à présent ne m'a pas fait faux bond. Je traverse Komrana, Namde, Lwemun, Nammilaung... avec des paysages toujours aussi ravissants.

De temps à autre, je vois des têtes passer des rizières. Mais ce que je croise le plus fréquemment, ce sont des boeufs accompagnés d'un berger. Ils sont sans gêne et occupent toute la route. Je crains toujours qu'il y en ait un qui me renverse. 

Je traverse de petits villages dont les maisons m'interpellent toujours avec ces petites passerelles pour les atteindre. Croyez-moi, il ne vaut mieux pas rentrer fébrile le soir, ou alors c'est la chute garantie.

En chemin, j'observe les femmes étendre le linge, d'autres faire la vaisselle ou la toilette. Bon je vous rassure, elles ne sont pas complètement nues. Sinon je m'abstiendrai de les photographier.

Sans oublier les vendeuses ambulantes qui crient dans la rue, en espérant qu'un acheteur sortira d'une maison. Toute cette animation fait que je ne m'ennuie pas en chemin et que je m'arrête à plusieurs reprises pour photographier ces scènes de vie.

Il y a aussi les arrêts obligatoires en raison de la chaleur. Les pauses dans les tea-shop ont été nombreuses afin de me désaltérer. Vers 11 heures, j'arrive à Nyaungbin, d'où il est possible de prendre un bateau pour rejoindre la pagode Shwe Taung.

Apparemment il est interdit d'aller au-delà de ce village à vélo ou à pied. A cause de tensions en territoire Kachin et de la présence de mines.

Mais j'ai le sentiment que la région est également surveillée du fait de la proximité des mines de jade. Toujours est-il qu'à Nyaungbin je suis tombé sur un check point tenu par les militaires, j'ai fait un grand signe et ai poursuivi ma route. J'ai bien l'impression que j'aurais pu faire le tour du lac à vélo sans être inquiété. Sauf que c'est la fatigue qui l'aurait emporté.

Au bout de quelques minutes dans le village, je trouve un bateau qui m'emmènera au pied de la pagode. Prix négocié de 10 000 à 6 000 k. La balade est très sympa à l'extrémité du lac où j'observe au plus près certains oiseaux.

Dommage que je ne suis pas un spécialiste en ornithologie et que mon appareil photo ne dispose pas d'un zoom très performant. J'aurais pu photographier cet oiseau courir sur l'eau avant de prendre son envol. Un moment magique.

La montée jusqu'à la pagode est éprouvante. J'ai encore choisi la bonne heure, il est presque midi, le soleil tape fort. Bref j'arrive en nage au sommet. La vue est sublime, mais j'en profiterai encore plus dans la descente avec la vue plongeante sur le lac. De là haut, on se rend vraiment bien compte de son immensité.

Dans le monastère au sommet, il paraît que l'on peut manger avec les moines, moyennant un don de 1 000 kyats. Mais sur place, je ne verrai personne. C'est de retour à Nyaung Bin que je mangerai des samosas, un peu gras à mon goût, avec un thé.

J'avoue qu'avec cette chaleur, je commence à sérieusement fatiguer. Sur le chemin du retour, je vais m'imposer quelques arrêts rafraîchissements. Mais une fois arrivé à Kommana, je vois le ciel s'assombrir. Je décide d'accélérer le rythme avant de me prendre une bonne averse.

 

J'arrive finalement vers 16 h 30 dans le cabanon qui loue les vélos. Je ne suis pas le seul touriste sur les lieux, puisque des Allemands viennent tout juste de s'installer dans le village. J'ai également croisé un groupe de touristes qui parcourt le lac à moto. Curieusement, on n'a pas le droit d'en faire le tour à vélo ou à pied, mais à moto c'est autorisé. Au final, le lac Indawgyi sera l'endroit où j'aurai vu le plus de touristes depuis le début du voyage.

Mais il faut tout de même relativiser. Car une fois sorti de Lonton, je n'en ai pas croisé un seul. C'est en voyant d'ailleurs tous ces touristes que je vais découvrir une autre homestay dans le village. Valait mieux car les huit chambres de la guesthouse où je suis affichent complet.

Le soir, je vais manger tranquillement des noddles à proximité de la guesthouse. De retour à la guesthouse, je m'effondre dans mon petit lit au pied du lac.

Jeudi 19 octobre : Un oiseau et un serpent pour me dire au revoir

 

Ce matin, à peine sorti de la chambre, c'est une nuée d'insectes qui se précipite sur moi. Encore heureux, ils ne piquent pas. Je prends quelques photos sympas depuis la terrasse de la guesthouse. Comme cet oiseau qui passe d'un ponton à l'autre et qui donne l'impression de poser pour la photo.

Le mouvement lent des bateaux au soleil levant est un régal. Certes le soleil boude un peu et les nuages l'emportent largement, mais ça donne le plus bel effet. Peu avant 8 heures, la pluie va faire son apparition. Ca ne contrarie guère mes plans car aujourd'hui j'ai prévu de rejoindre Mandalay en bus. Le départ étant programmé à midi.

Je traîne un peu dans la guesthouse où une drôle de surprise m'attend dans la salle de bain, avec la visite d'un serpent, dissimulé entre deux parois en bois. Je ne fais pas trop le malin, même si je me doute qu'il a plus peur que moi. Des Allemands, travaillant pour une association spécialisée dans la faune, me confieront qu'ils ont la vu la veille un énorme serpent sur le lac. Apparemment pas dangereux selon eux.

Je fais un dernier tour du village avant de monter dans le bus. Un bus qui part à l'avance, 11 h 45 au lieu de midi, et que j'ai bien failli rater car il m'attendait à un endroit que je n'avais pas prévu. Encore un long trajet en prévision avant d'atteindre Mandalay et poursuivre mon périple vers le mont Popa et Taungoo.

 

 

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