Il est 11 h 45, le bus part de Lonton pour rejoindre Mandalay. On atteint Mohnyin vers 15 heures. Changement de bus. J'ai juste le temps de prendre un petit repas et nous repartons vers 15 h 30. La pluie nous suit tout le long du voyage. Quant à la climatisation, elle tourne au maximum. Il fait un froid de canard et la couverture que l'on m'a prêtée est la bienvenue.
Coup de chance, il n'y a que sept ou huit passagers et je peux m'étendre sur deux sièges. Mais la nuit ne sera pas pour autant de tout repos car les virages sont incessants. Bref, si c'était à refaire, j'opterai à nouveau pour le train bien plus sympa.
Vers 3 h 30, on atteint Mandalay. Dans le bus, le chauffeur me demande l'adresse de mon hôtel. J'ai bon espoir qu'il m'y arrête. Eh non, il a hélé un moto-taxi et s'est arrêté au beau milieu d'une rue inondée. Je lui fais comprendre que je veux bien de la moto, mais qu'on me descende au moins dans un rue au sec. Pas un endroit où j'ai de l'eau jusqu'aux genoux. Ma demande semble le surprendre, mais il acquiesce.
Vendredi 20 octobre : Des marchés au pont U Bein
Il est 4 heures et le personnel du Golden Dream Hotel est à moitié endormi. Mon premier bout de nuit sera facturé 5 dollars avec le petit déjeuner en prime. Je dors trois petites heures avant de m'installer au buffet. Ce matin, je traîne les pieds. Je me décide finalement à faire un tour dans Mandalay, en particulier sur ses marchés si animés. Je m'amuse à photographier les curiosités culinaires sur les étals. D'ailleurs pas toujours très appétissantes au regard et encore moins à l'odorat. Je me perds dans les ruelles noires de monde.
Des saucisses, des poissons séchés, des oeufs pourris, de la viande infestée de mouches, des sortes de pâte gluante... et j'en passe. Pour nous Européens, cela peut paraître répugnant, mais en Birmanie, ce sont des spécialités particulièrement appréciées.
Pour ma part, j'achète des fruits, des grenades (400 k l'unité) et des fruits de la passion vraiment délicieux à 100 k l'unité. Un prix défiant toute concurrence. L'après-midi, je le passe au bord de la rivière à voir les adultes se baigner ou laver le linge, et les enfants barboter dans l'eau. A deux pas des bateaux, mais aussi de gros bidons qui déversent des produits polluants.
Les bords de la rivière sont particulièrement sales. D'un côté, il y a des tentes sous lesquelles vivent des familles pauvres, avec des animaux à proximité et de l'autre des bateaux de luxe destinés aux touristes. On passe d'un extrême à l'autre.
En fin de journée, je prends un moto-taxi (10 000 k l'aller-retour) pour aller voir le coucher de soleil sur le célèbre pont en bois U Bein. Jusqu'à présent je n'avais pas fréquenté trop de touristes, sûrement parce que je me trouvais dans des coins paumés. Mais sur ce coup-là, je vais être servi.
Les étrangers sont quasiment aussi nombreux, voire même plus que les locaux. Les bateaux qui naviguent au bord du pont sont d'ailleurs pris d'assaut par les touristes qui veulent profiter de la meilleure vue pour le coucher de soleil.
Aujourd'hui, je vais être accompagné dans mes aventures par Phyo Phyo, une professeure de Français à Mandalay. Croyez-moi, elle parle notre langue à la perfection. On va pas mal discuter durant toute la journée, de ma passion pour la Birmanie, de la générosité des Birmans et aborder aussi le sujet brûlant des Rohingyas.
Pour Phyo Phyo, les médias occidentaux se trompent complètement de cible lorsqu'ils évoquent un " génocide ". J'écoute sa version des faits, ses arguments et lui signale juste qu'il est difficile de savoir précisément ce qu'il se passe car il n'y a aucun journaliste sur la zone de conflit pour relayer l'information. Ce qu'elle me confirme.
On décide de ne plus évoquer ce sujet sensible et allons dans un restaurant Yummy où nous allons faire un véritable festin de barbecue, de soupes que l'on prépare soi-même. Au final, je vais me retrouver avec des dizaines de plats face à moi : des viandes, champignons, crevettes, légumes, poissons, algues et bien d'autres mets.
Avec Phyo Phyo, on va également évoquer le fait que de plus en plus de Birmans se mettent à l'apprentissage du Français. Voilà qui est une bonne nouvelle et qui va donner du travail à notre professeure.
En fin d'après-midi, on se rendra à la colline de Mandalay pour observer un improbable coucher de soleil. En effet, le ciel est bien trop nuageux en cette fin de journée, et de coucher de soleil, il n'y en aura point.
Le soir, les parents de Phyo Phyo me ramènent à mon hôtel. Je les remercie tous pour cette excellente journée qui m'a permis d'échanger en Français et de mieux comprendre les traditions birmanes.
Ce dimanche, c'est à Kyaukpadaung que je dois me rendre pour rejoindre l'ami Ko Min. C'est a à peine quatre heures de route de Mandalay et ça se trouve à proximité du mont Popa. Vers 10 h 30, je prends un minibus (6 000 k) avec une place privilégiée à côté du chauffeur. En effet, le parcours n'est pas bien long et j'arrive à destination à 14 h 15. Ko Min m'avait prévenu qu'il me rejoindrait à 14 h 30 et je ne parviens pas à le joindre sur son téléphone.
Finalement un moto-taxi vient à ma rencontre, me montre son portable avec le numéro de Ko Min que je retrouverai dix minutes plus tard dans un tea shop. On monte à bord d'un 4 X 4 que son frère a offert en don au monastère du village où la famille de Ko Min vit. On décide alors de partir pour le mont Popa, situé à 25 minutes de route de Kyaukpadaung.
Un endroit que j'avais visité par le passé et qui n'a pas changé. Il y a d'abord les allées bondées de marchands vendant des objets kitsch avant d'atteindre le sommet et surtout les macaques plutôt agressifs qui occupent les lieux. Attention à vos effets personnels. Ko Min va se retrouver avec un singe agrippé à ses cheveux, tandis qu'un touriste s'est fait chiper ses lunettes.
On arrive en haut du mont Popa qui, il faut bien l'avouer, n'a rien d'extraordinaire. En plus le lieu est plutôt sale avec tous les détritus laissés à terre par les pèlerins.
On redescend bien avant le coucher du soleil pour justement profiter du mont, mais vu d'en bas. Le coucher du soleil y est nettement plus sympathique, selon l'endroit où on se trouve.
Retour à Kyaukpadaung et plus précisément dans le village de Ko Min. Un petit village d'une cinquantaine de maisons. Je suis l'attraction du jour car ici, jamais aucun touriste n'y a mis les pieds. On se retrouve autour d'un excellent repas avec du poulet Kachin et du porc à la mode Naga entre autres. Puis direction le monastère où enfants et adultes regardent un match de football anglais. Mais très vite, tous les regards vont se tourner vers moi, surtout de la part des enfants avec qui les plaisanteries vont très vite prendre le dessus sur le ballon rond. Le soir, je ne peux rester dormir dans le village à cause de l'interdiction toujours d'actualité d'héberger des étrangers. Retour à Kyaukpadaung où Ko Min m'a déniché un hôtel qui vient tout juste d'ouvrir pour 25 $ la chambre.
Ce matin, Ko Min m'emmène au marché où il achète des fruits. Le marché de Kyaukpadaung est particulièrement animé et coloré. Là encore, on me dévisage. Il faut dire que les étrangers n'ont pas pour habitude de s'arrêter ici. Il ne font que traverser cette petite ville, pour rejoindre Bagan ou le mont Popa, tout proche.
Bagan, c'est justement où nous allons nous rendre cet après-midi. Je vais retrouver les sites de Bupaya, Ananda, Shwesandaw... que j'avais visités à plusieurs reprises quelques années en arrière. Les vieux vélos destinés aux touristes ont cédé leur place aux motos ou vélos électriques. Bon nombre d'hôtels sont encore en construction et vont s'ajouter à ceux déjà existants et qui à mes yeux sont suffisamment nombreux. Je suis passé devant la guesthouse May Ka Lar, où j'avais mes habitudes. La façade n'a pas changé et j'ose espérer que les chambres ont eu droit à un petit lifting.
On revient en fin de journée sur Kyaukpadaung avec des arrêts obligatoires chez les amis de Ko Min qui tient absolument à me présenter. Les mêmes questions reviennent. " De où venez-vous ? ", " Comment-vous appelez-vous ?", " Quel âge avez-vous ? ", " Depuis quand connaissez-vous Ko Min et où l'avez-vous rencontré ? "... Et je dois répondre à ces interrogations des dizaines de fois dans la journée. Dure, dure la vie de touriste.
Ce matin, c'est jour de donation dans le village de Ko Min. Toute la population s'est rassemblée dans le monastère. Le moment de la prière s'achève et le repas est partagé par tous les fidèles. Du moins juste après que les moines aient terminé leur assiette. Question de respect.
Il est tôt et heureusement que le petit déjeuner de l'hôtel était léger car une petite dizaine de plats va être présentée face à moi. Un véritable festin avec du porc, du poulet, du boeuf... J'aurais même droit à une petite glace en dessert.
Vers 12 h 30, on rejoint le bus qui doit m'emmener à Taungoo. J'ai préféré le départ de 13 heures (6 000 k) pour ne pas arriver trop tard à destination. Le bus est vieillot, peu confortable mais on m'annonce une arrivée à 19 heures. Sinon il y avait un autre départ en bus VIP à 18 heures, mais je me voyais mal arriver en pleine nuit.
Bon, le trajet ne s'est pas passé exactement comme je le pensais. Le bus était bien plus lent que prévu et les arrêts innombrables. En revanche, le personnel du bus a très vite sympathisé avec moi et m'a tenu compagnie tout au long du voyage. Me prévenant d'abord qu'on arriverait à 21 heures, puis à 22 heures et finalement à 23 h 10. Quatre heures de plus que ce que l'on m'avait annoncé.
Il me faut maintenant trouver un hôtel. Direction à moto-taxi pour l'hôtel Pathi. Le chemin est long pour atteindre l'établissement. Tout ça pour m'entendre dire que c'est complet. On retraverse toute la ville en sens inverse pour aller à la Beautyland Myanmar 2. Je dégote une chambre standard à 20 dollars, avec eau chaude, clim et moustiquaire. Bonne nuit, il est tard.
La nuit a été courte, mais ce matin, une belle surprise m'attend. On m'avait vanté le petit déjeuner de cet établissement, comme quoi il était gargantuesque. Ce n'était pas que des " on dit ". Le petit déjeuner est en effet un succession de petits plats, une quinzaine avec pancake, beignets, gâteaux de riz, fruits, galettes... et il y a même des oeufs si on veut. Un pur régal servi par un personnel très attentionné.
A peine le temps de digérer, je loue un vélo à l'hôtel (3 000 k) pour dans un premier temps découvrir la ville, puis dans l'après-midi ses environs. Je ne vais surtout pas dire que Taungoo est une ville sublime car elle ne l'est pas. Il y pas mal de circulation et les sites dignes d'intérêt se font plutôt rares.
Les touristes s'arrêtent essentiellement à Taungoo pour aller visiter le camp d'éléphants qui se trouve à 1 h 30 de route. Les tarifs annoncés à l'hôtel me paraissent excessifs, apparemment 150 $ la journée et par personne. Ce sera sans moi.
Aujourd'hui ce sera vélo. Et il va falloir redoubler d'efforts car la selle est bien basse et le deux roues semble donner des signes de fatigue. Je fais un tour rapide de la ville, en m'arrêtant à une pagode, puis au marché couvert.
L'après-midi, je vais me perdre dans les petits villages, entre les rizières et les plantations de fruits et légumes. A l'hôtel, on m'a conseillé de visiter ces villages en fin de journée, lorsque les paysans rentrent du travail. Sauf que la fin de journée, je ne la passerai pas sur le vélo car l'orage pointe son nez.
Le soir, repas dans une petite gargote sur la route principale. Etablissement tenu par une jeune femme et sa soeur, qui est en fait un homme efféminé qui a vécu à Pattaya, avant de revenir aux sources. La nourriture est Thaïlandaise et absolument délicieuse.
Le petit déjeuner de la Beautyland Myanmar 2 est encore une fois un régal. Toujours aussi copieux. Une petite journée de vélo va me permettre d'éliminer. Je vais d'abord à la gare pour prendre mon billet de train, prévu à 23 h 08 (4 000 k) en direction de Yangon.
C'est le train le plus confortable, le plus récent aussi puisqu'il a été mis en service en janvier 2016. Je le découvrirai ce soir.
Je m'arrête au marché et achète quelques fruits dont des magoustans qui apparemment sont originaires des environs de Taungoo. J'en achèterai encore le soir dans le train. Le marché de la ville est exclusivement couvert et ce n'est franchement pas le plus beau que j'ai vu en Birmanie.
Dans la journée, je vais me perdre dans les petits chemins de campagne autour de Taungoo. C'est nettement plus agréable que dans la ville en elle-même, du fait qu'l y a pas mal de circulation.
Cette fois, je ne croise que quelques motos et cyclistes qui me saluent et surtout des enfants qui rentrent de l'école. Ils sont toujours aussi intimidés lorsqu'ils me voient. L'orage se fait entendre au loin, mais ce soir, je l'éviterai. C'est d'ailleurs pas plus mal car je viens de me perdre en route et ne sais plus trop où je me trouve. A un moment donné, je suis même obligé de poser pied à terre car l'accès est difficile, voire impossible, à vélo.
Les " mingalabar " se succèdent dans les maisons ou au bord des routes, dès que je me montre à vélo. En fin de journée, je croise quelques charrettes ou des femmes surveillant le bétail. A l'extérieur des maisons, c'est l'heure de la toilette pour bon nombre de Birmans. De mon côté, je regagne l'hôtel car la nuit va bientôt tomber. Puis je retourne dans le petit resto Thaï de la veille. La patronne veut absolument échanger avec moi, malgré son Anglais hésitant.
Elle me fait comprendre que la situation économique de son pays ne s'arrange pas. Elle prétend d'ailleurs que la situation est plus compliquée aujourd'hui pour agriculteurs. Bref l'arrivée récente au pouvoir d'Aung San Su Kyi ne s'est pas encore accompagnée d'une embellie.
L'heure tourne et un personnel de la guesthouse m'emmène à la gare (1 000 k). A 23 heures, je suis dans le train pour Yangon, en classe upper. Alors oui, il y a de la place pour étendre ses jambes et je dispose d'un fauteuil pour moi tout seul. Il s'incline bien, mais il faut reconnaître qu'il n'est pas aussi confortable que je l'aurais souhaité.
Alors le voyage ? J'ai réussi à dormir, mais pas d'une seule traite. Je me réveillais quasiment toutes les heures avant de me rendormir.
Il est à peine 5 h 30 et j'arrive en gare de Yangon. Le soleil commence à pointer son nez. Direction en taxi (2 500 k) l'hôtel Bond que j'avais réservé sur Booking pour 22 $ la nuit avec salle de bain partagée. En arrivant si tôt, je crains de ne pas avoir la chambre immédiatement. Je réveille le réceptionniste, il me prévient que la chambre n'est pas prête, mais que je peux tout de même profiter du petit déjeuner.
L'attente sera de courte durée et finalement j'obtiens une chambre. Je prends une bonne douche avant de prendre le petit déjeuner au buffet de l'hôtel. Aujourd'hui, ça va être shopping dans Yangon : tee shirt, fruits dont d'excellents fruits de la passion et même des lunettes faites sur mesure... Je fais aussi quelques arrêts à la pagode Sule, au parc Mahabandoola avant un bon repas à la Green Valley, sur la 52e rue. C'est un repère à touristes qui vaut le détour pour ses bons currys.
En début d'après-midi, j'ai le droit à un bel orage. Je vais continuer à me perdre dans les rues de la ville dans les quartiers chinois, indien, les marchés animés, la rue des bouquinistes, le coin de brocanteurs ou encore le marché aux puces... Un tour aussi dans la luxueuse galerie marchande de Sule. Des galeries marchandes, il s'en construit d'ailleurs de plus en plus dans la ville.
Le soir, en guise de repas, je me contenterai de quelques fruits exotiques.
Samedi 28 octobre : La fin du voyage là où j'avais commencé
Aujourd'hui il y a des cérémonies principalement concentrées dans le quartier chinois. Toujours et encore de la marche au programme de cette journée. Oui, j'adore me perdre dans les rues de Yangon et sur ses marchés toujours très animés, surtout aux premières heures de la journée. Je vais avoir droit à de nombreuses odeurs dans un marché essentiellement occupé par des musulmans avec des étals de viandes et d'épices.
Quelques instants après, je suis invité à pénétrer dans une mosquée. J'en profite car l'occasion m'est rarement donnée. A aucun moment on demandera si je suis musulman ou non. La seule consigne : ne pas faire de bruit.
En milieu d'après-midi, je vais retrouver la rivière Yangon à deux pas de mon hôtel. J'adore cet endroit très vivant avec toutes ces petites embarcations en partance pour l'autre rive et notamment Dalat. Le coucher de soleil y est sublime.
Ca me rappelle aussi les tout premiers jours de mon voyage lorsque je cherchais un bateau pour me rendre dans le delta de l'Irrawaddy. Finalement, j'ai trouvé le bateau en question. Celui de 16 h 30 qui part pour Bogale. Je le saurai pour la prochaine fois. Car je compte bien retourner dans cette région qui m'a beaucoup plu.
Le soir, je le passe dans un bon restaurant le Siam 2, un repas thaïlandais en prévision de ce qui m'attend dès demain matin pour mon retour à Bangkok... et la fin de mon périple birman. A peine ce récit terminé, c'est un autre voyage qui se prépare, cette fois du côté de Hpa An, Loikaw et Mrauk U... Départ le 30 décembre pour un énième périple birman.