Samedi 30 décembre et dimanche 31 décembre 2017 :
Un vol au rabais jusque Yangon
Un vol aller-retour Paris-Yangon à 430 euros, voilà ce que je vais tester avec Air China. Une première pour moi sur cette compagnie et surtout le vol le moins cher que j'ai obtenu depuis que je voyage en Birmanie.
Départ le samedi à 12 h 15 de Roissy et une arrivée le lendemain à 13 heures à l'aéroport international de Yangon. Au programme deux escales dont une que je n'avais pas prévu à Kunming et celle prévue à Chengdu. Le plus ennuyeux est qu'à chaque fois, il faut sortir de l'avion et repasser à l'immigration avec en prime un tampon sur mon passeport qui est déjà overbooké. Coup de chance, les files d'attente n'étaient pas trop longues.
Encore plus embêtant à l'aéroport de Chengdu, il a fallu récupérer les bagages et à nouveau les enregistrer alors que je poursuis le voyage sur la même compagnie. Dans les aéroports chinois, hormis à Pékin, c'est ce système qui prévaut. Pour ce qui est du confort dans les avions, c'est dans la moyenne, et pour la nourriture, ce n'est franchement pas très bon. Mais comme je n'ai jamais voyagé jusqu'à Yangon à moins de 600 ou 650 euros, je ne vais pas me plaindre. Quelques Français ont d'ailleurs vécu la même expérience que moi, profitant de ce tarif imbattable. Si un lecteur trouve un meilleur bon plan, je suis preneur !
A l'aéroport de Yangon, les formalités sont toujours aussi rapides. Merci le eVisa qui est bien pratique. Direction un bureau de change où l'euro est à un taux record : 1 595 kyats. Le taxi me réclame 10 $ pour me rendre en centre ville, je le négocie finalement à 10 000 k. Un prix plus élevé que d'habitude car c'est dimanche et qu'il y a peu de voyageurs prétend mon chauffeur.
Pendant le trajet, on échange sur son métier. Il me confie que certains jours, son bénéfice est nul. Il loue le taxi à un patron pour 10 000 kyats par jour, y met 20 000 k d'essence au quotidien et se nourrit pour 5 000 k. En moyenne avec les courses, il lui reste entre 15 000 et 25 000 k les bons jours. Ce dimanche, j'étais son premier client et il craignait de travailler à perte, lui qui débute sa journée à 10 heures pour l'achever vers 22 ou 23 heures.
Dans le centre de Yangon, je découvre un nouvel établissement la Shwe Htee Guesthouse dont j'ai payé la chambre 17 $ sur Booking. Elle n'est pas bien grande, mais propre, fonctionnelle et avec une salle de bain qui me va à ravir. Comme un peu partout, il n'y a pas de fenêtre. En revanche, le lendemain matin, le petit déjeuner s'avérera un désastre : un gâteau industriel et une tasse de café.
La guesthouse est bien située, en plein coeur du quartier chinois fort animé. Je ne suis pas très frais après ce long voyage, le décalage horaire et la chaleur en prime. Je déambule dans les rues de la ville que je vais commencer à connaître par coeur, ses petits marchés ou encore le parc Mahabandoola, blindé de monde en ce dimanche. Une scène a été installée et de la musique tourne en boucle à l'approche de la nouvelle année qui ne coïncide pourtant pas avec le calendrier birman.
Je profite du marché de rue près de ce parc pour manger un puis deux plats de salade de tofu (500 k le plat). Un délice. La fin de la journée, je vais la passer sur l'embarcadère près de ma guesthouse à observer le va-et-vient des bateaux et à attendre le coucher de soleil toujours aussi sublime. Je ne suis d'ailleurs pas le seul touriste à connaître l'endroit puisqu'il y en a quelques-uns équipés de leur appareil photo qui ont investi les lieux. Je repartirai encore avec de chouettes photos.
Direction l'hôtel où je m'écroule. Le réveillon de la nouvelle année se fera sans moi.
Lundi 1er janvier 2018 : Yangon en train et en bateau
Je suis de bonne heure dans les rues de la ville. La température est encore très agréable et la circulation calme. J'en profite pour photographier quelques vendeuses sur les marchés. Je les surprends en train de crier afin d'attirer l'acheteur. Il y a du monde sur le marché durant les premières heures de la journée. Les étals regorgent de viandes, poissons, fruits en tous genres, épices... Toutes ses odeurs m'envahissent les narines.
Je me dirige ensuite vers la gare avec l'intention de circuler à bord du train circulaire, ce transport qui fait le tour de la ville en trois heures. Le prochain train (200 k pour les étrangers) est dans trente minutes. Pour patienter, je me rends dans le quartier voisin, un quartier pauvre où j'ai l'habitude de me rendre. A chaque fois que j'y vais, j'ai espoir que ses habitants retrouvent un peu de dignité et que des améliorations soient apportées dans leur cadre de vie.
Ce ne sera pas encore pour 2018. Les détritus sont toujours à même le sol, à deux pas des baraquements faits de bois, de taule ou avec des bâches pour protéger de la mousson. Les enfants sont très souvent pieds nus. Quelques puits sont dispersés ici et là, servant à la toilette des habitants qui s'effectue en collectivité, à la vue de tout le monde.
Certains familles vivent au rez-de-chaussée des maisons, d'où on ne peut pénétrer qu'à quatre pattes. La misère est saisissante, elle est palpable à chaque coin de rue, et pourtant tous ces gens sont d'une grande générosité. Ils attendent le passage des moines pour leur donner riz, légumes, gâteaux... Des donations effectuées en général par les enfants sous les yeux de leurs parents. Un moment de partage qui fait plaisir à voir, mais qui surprend aussi quand on voit dans dans quelles conditions vivent ces gens.
A 11 h 30, me voilà dans le train circulaire qui est quasiment bondé. J'ai une place assise et échange quelques mots avec mon voisin dont l'Anglais est excellent. On échange des banalités sur mon pays où il pensait que François Hollande était toujours président. A croire que Macron n'a pas encore conquis l'Asie, ou du moins la Birmanie.
Sous mes yeux, il y a un défilé incessant de vendeuses avec des fruits, de l'eau, des friandises, des graines de tournesol... mais aussi des passagers qui s'endorment sous l'effet de la chaleur. Il faut dire que le train avance lentement et comme la clim' ne fonctionne pas, il y fait particulièrement chaud. Tout cela est propice à une bonne sieste.
Après 45 minutes de trajet, je me décide à m'arrêter dans le quartier d'Insein, célèbre pour sa prison que je ne verrai pas. Pour le coup, je veux voir de plus près la vie dans les quartiers populaires de la ville. Je vais me perdre dans les rues plus ou moins animées, certaines bordées d'immeubles délabrés. Un quartier qui ne semble pas plus pauvre que celui où j'étais juste avant près de la gare centrale. Mais je croise quand même des enfants faire les poubelles et des adultes ramasser des bouteilles en plastique qu'ils revendront ensuite une poignée de kyats le kilo.
Des enfants s'amusent à me suivre et à répéter en boucle le bonjour birman " Mingalabar ". Je ne pense pas qu'ils voient beaucoup de touristes par ici. Je me suis éloigné dans le quartier avec la ferme intention de me rapprocher de la rivière et ainsi regagner le centre de la ville avec le système de navettes fluviales. L'occasion de découvrir la ville via la rivière Yangon. Les bateaux sont modernes et ont été mis en circulation tout récemment. Ils permettent de relier plusieurs quartiers de la ville.
Un Birman sympathise avec moi et m'offre un ticket pour le trajet. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que le ticket pour les touristes (900 k) est nettement plus cher que celui qu'il m'a acheté. Il est bon pour se faire rembourser et moi pour acheter le billet au juste prix pour les étrangers.
La balade à bord du bateau est plaisante. On voit une partie de la ville, mais surtout les ports de marchandises et toute l'activité autour. Certaines embarcations sont impressionnantes et très souvent surchargées. Elles ne pourraient pas naviguer chez nous.
En prenant des photos, j'aperçois une grosse fumée noire qui s'échappe de la ville. Il y a un incendie pas très loin de mon hôtel, dans un temple chinois. Les véhicules des pompiers essaient de se frayer un chemin dans la circulation dense de la ville. Une quinzaine de véhicules de secours a d'ores et déjà pris position et d'autres, sirènes hurlantes, arrivent encore. Par chance, on m'apprend qu'il n'y a eu aucune victime. En tout cas, les secouristes ont bien du courage pour accéder sur les lieux du sinistre.
Le soir, je me fais un petit repas dans la rue de l'hôtel, avant de déguster quelques pâtisserie. Il faut que j'aille coucher tôt car je dois être de bonne heure à la station de bus Aung Mingalar demain pour prendre mon bus pour Mrauk U.
Mardi 2 janvier 2018 : 27 heures de bus, record battu !
Ca faisait pas mal de temps que ça me trottait dans l'esprit. Retourner à Mrauk U, mais pas en avion puis par bateau depuis Sittwe comme par le passé, mais en bus. On m'avait souvent décrit un long et éreintant parcours à travers les montagnes de l'Arakan. D'autres touristes l'ont fait avant moi, alors il n'y aucune raison pour ne pas tenter l'aventure.
A 5 h 30, je suis debout pour rejoindre la station de bus Aung Mingalar que j'atteins en taxi (9 000 k) à 7 heures. Ce qui me laisse du temps pour prendre le petit déjeuner avant de monter dans le bus de la compagnie Aung Thitsar, dont le départ est prévu à 8 heures (16 $ le billet réservé sur internet). Le bus n'est pas à proprement parler un bus VIP. J'ai déjà vu nettement mieux pour rejoindre les villes touristiques de Bagan ou Mandalay.
Les sièges sont certes inclinables, mais le bus est vieillot. A 8 h 10, le bus démarre. Je somnole pendant la longue traversée des faubourgs de Yangon et ses embouteillages. Un bon point, la télé ne fonctionne pas et je serai ainsi épargné des traditionnels karaokés qui passent en boucle et qui ont tendance à me casser les oreilles pendant mon sommeil. Avantage aussi de ce vieux bus, la climatisation est discrète. Ca évitera le coup de froid bien trop fréquent à l'intérieur des bus birmans.
Pour ce trajet, j'avais prévu des photocopies de mon passeport et du visa imaginant qu'il y aurait plusieurs arrêts à des check point tenus par l'armée ou la police en raison de la proximité de la zone de tensions en Arakan. Finalement, à ma grande surprise, il n'y a eu aucun contrôle.
En plus de 24 heures, je vais me faire des amis dans le bus. Un jeune homme venant de Matupi dans l'état Chin et dont l'Anglais est parfait, mon voisin, un soldat qui rejoint la caserne de Ann ou encore cet homme originaire de Sittwe qui, à chaque arrêt, veut m'offrir à manger.
Toutes les deux ou trois heures, le bus s'arrête pour une pause toilettes ou une pause repas. L'occasion aussi de se dégourdir un peu les jambes. Lorsque l'on atteint la ville de Pyay, la pluie s'invite au voyage et se fera de plus en plus soutenue au fur et à mesure qu'on approchera de l'état d'Arakan.
Les routes ne sont pas en parfait été, mais je m'attendais à nettement pire. C'est un peu mieux entretenu que dans l'état Chin, un peu plus au nord. Dans le bus, mes voisins m'offrent mandarines, friandises, graines de tournesol et même le bétel que je refuse gentiment. La nuit tombe, je m'endors par intermittence. L'heure tourne. Les virages sur les routes de montagne s'intensifient et ma tête bascule. Si ça continue, je vais avoir le droit à un bon torticolis au réveil.
A Ann, mon voisin quitte le bus et je peux maintenant m'allonger sur les deux sièges. Un luxe pour mon mètre 88. Le jour se lève, la pluie est toujours au rendez-vous. Je croise les doigts pour qu'elle cesse à Mrauk U sachant que je ne suis pas équipé pour l'affronter. Le ciel m'a entendu et la pluie s'arrête alors qu'il nous reste deux heures de route avant d'arriver à destination.
A ma grande surprise, on traverse de nombreux villages habités par une majorité de musulmans dont les tenues et les visages sont semblables à ceux que l'on nomme les Rohingyas en occident et que l'on appelle plus communément les Bengalis en Birmanie. Ils ressemblent à ceux que l'on voit à la télé et qui vivent dans des campements, de l'autre côté de la frontière, au Bangladesh et qui ont été contraints de fuir la Birmanie. Je ne m'attendais vraiment pas à en voir autant aux portes de Mrauk U et je me dis que j'irai bien leur rendre visite ces prochains jours. Du moins, si on m'y autorise.
Vers 10 h 30, on arrive à Mrauk U et je rejoins ma guesthouse réservée à l'avance la Laymyo River à 10 $ la chambre, sans wifi, ni eau chaude, ni petit déjeuner. Mais à ce prix-là, la chambre est somme toute correcte dans cet établissement tenu par une famille fort sympathique. Une bonne douche froide s'impose pour oublier les presque 27 heures de bus et avant de me repérer dans cette ville qui n'a pas vraiment beaucoup changé depuis mon dernier passage en 2011. Un peu de patience et je vous raconterai mes escapades dans Mrauk U et surtout ma rencontre inattendue avec les Rohingyas.