A trois heures de route de Yangon se trouve l'une des villes les plus animées du delta de l'Irrawaddy : Bogale. Une ville que j'avais découverte l'an passé et où j'espérais bien retourner tant son ambiance m'avait conquis.
Après deux nuits passées à Yangon, à la Casa Yangon Hotel, pour me remettre du long voyage avec Qatar Airways - et un retard de près de 3 heures sur le second vol au départ de Doha - et du décalage horaire.
A Yangon, je ne vais pas faire de folies, me contentant des lieux où je suis habitué aussi bien pour l'ambiance (les marchés) que pour le coucher de soleil (l'embarcadère près du quartier chinois) ou encore le quartier de la gare où la misère est palpable dans quasiment chacune des ruelles. Avant de redécouvrir un quartier plus aisé juste derrière le marché Bogyoke, où il n'est pas rare de croiser des expatriés, et où les restos de spécialités occidentales côtoient les enseignes thaïs, indiennes et même libanaises. Durant mon passage à Yangon, je vais aussi assister à la fête du jour de l'indépendance avec de nombreuses animations au programme à travers la ville, pour petits et grands, dont des jeux traditionnels.
Dimanche matin, je prends le ferry pour Dala (2 000 k pour les étrangers). De l'autre côté de la rivière, je dois trouver un transport pour Bogale. Je suis parmi les derniers passagers à monter sur le bateau. Il faut dire que c'est la cohue pour prendre place dans l'embarcation.
De l'autre côté du fleuve, des pilotes de moto et de tuk tuk me proposent leurs services pour visiter Dala. Mais ce n'est pas l'objet de ma visite. Il n'y a plus de bus en partance pour Bogale, mais je trouve un minibus dont le départ est imminent. J'ai droit à une place au fond, en compagnie de mon gros sac. Devant moi, un Birman tient un poulet. Charmante compagnie.
Le bus m'arrête devant le Nansabel, qui m'avait été recommandé par un guide francophone Sai Sai. L'hôtel est bien entretenu, la chambre plus que convenable avec un grand lit et salle de bain à 25 000 k la nuit, sans petit déjeuner. Ca change de la guesthouse très médiocre où je m'étais arrêté au cours de mon premier passage ici.
Il fait grand soleil et je ne perds pas une seconde pour aller me balader en ville. A la réception de l'hôtel m'a indiqué qu'il n'y avait pas de vélo disponible, c'est bien dommage. A pied, je rejoins le marché au bord de la rivière avant d'observer l'animation aux embarcadères. Je regarde les petits bateaux chargés de légumes. Au bout d'un moment, je me rends compte que ce sont des maraîchers qui vendent les produits de leurs terres aux passagers des bateaux qui vont naviguer pendant plusieurs jours.
Les bottes de légumes se vendent une poignée de kyats. Un des marchands essaie d'engager la conversation et me propose une balade en bateau. Un jeune parlant quelques mots d'anglais vient à notre secours et me sert d'interprète. On s'entend sur le prix de 10 000 k pour une balade de 3-4 heures.
Avant de monter à bord, le batelier range les légumes dans un grand panier afin de me laisser un peu de place pour m'asseoir. Nous voilà partis sur la rivière en longeant les berges où je peux constater que le commerce va bon train. Il y a des usines au bord de l'eau et des bateaux qui chargent et déchargent bois, sable, graviers, noix de coco...
On va s'arrêter dans quelques commerces sur l'eau : une station essence, puis une épicerie bien utiles pour le ravitaillement des bateaux. Sur le fleuve, on croise de nombreux bateaux, des transports de marchandises, des embarcations qui font la navette entre les villages dont certains ne sont accessibles que par voie fluviale. Sans oublier ces petits bateaux remplis de fleurs, fruits et légumes destinés à être vendus.
Des produits du terroir qui poussent dans cette région particulièrement fertile de Birmanie grâce à son climat, mais aussi du fait de la présence de nombreuses rivières qui permettent d'arroser terres et rizières pendant la saison sèche. Ce n'est pas pour rien que la région du delta est aussi appelée le grenier à riz de la Birmanie.
Mon batelier veut d'ailleurs me faire découvrir ses terres de plus près. Il s'arrête sur la berge et on déambule dans un petit village entouré de terres agricoles où concombres, potirons, persil, navets, courgettes... et fleurs poussent en bordure de rivière. Mon guide du jour est fier de me montrer la richesse de ces terres qui permettent de faire travailler toute une communauté.
Un peu plus loin, les rizières regorgent d'eau et donneront du riz d'ici quelques mois. On s'arrête dans quelques maisons où je suis invité à boire l'eau de noix de coco, manger des bananes. L'accueil est chaleureux, on essaie de se comprendre avec des gestes car ici, personne ne parle Anglais. Mais les sourires en disent long sur la fierté d'accueillir un étranger, dans un endroit où il n'en vient quasiment jamais.
On repart tranquillement en bateau en direction de Bogale que l'on atteint peu avant 17 heures. Ce soir, je fais un repas dans un resto juste en face de l'hôtel, Hello restaurant, qui dispose d'un vrai menu en Anglais. Ce sera un copieux porc sauce aigre douce avec du riz et un jus de citron (5 000 k). Pas très Birman comme prix, mais c'était bon.
Le lendemain matin, je trouve un coffee shop où on me sert un petit déjeuner copieux et varié, café, riz, oeuf, soupe, beignets pour 3 400 k. Un prix pas très local, c'est vrai.
Ce matin, un membre du personnel de l'hôtel me montre des vélos. Ce ne sont pas des premières mains, mais ça fera l'affaire pour me balader dans et autour de Bogale. Me voilà parti dans les petites ruelles de la ville où au premier abord ce n'est pas facile de s'y retrouver. Mais au final, on retombe toujours sur un axe principal qui permet ainsi de se repérer.
J'adore l'ambiance de cette ville, le va-et-vient incessant des bateaux sur le fleuve. Des bateaux accessibles par des petits pontons en bois où il faut faire preuve d'une certaine agilité. Mais quand je vois certaines femmes les franchir avec un énorme panier de marchandises sur la tête, je me dis que ce n'est pas insurmontable.
Je vais ensuite me perdre dans le dédale de rues où les maisons en bois entourées d'eau se succèdent. Des ruelles particulièrement animées. La vie se déroule à l'extérieur de la maison. Les enfants jouent , les femmes lavent le linge ou font leur toilette en prenant soin de cacher leur corps. Les familles mangent à l'extérieur des habitations, très souvent dans des petits étals de rue assis sur des chaises minuscules autour d'un ou deux plats, en général composés de riz et noddles et de soupe.
La ville est particulièrement pauvre et les maisons sont pour la plupart vétustes, avec un confort minimum. Sachant que les Birmans vivent en famille, grands parents, parents, enfants peuvent se retrouver sous le même toit. Je poursuis mon chemin sur les voies cabossées et à travers une végétation luxuriante. J'ai le droit à de nombreux sourires, geste habituel des Birmans, mais aussi beaucoup de regards curieux. On a beau être près de Yangon, ici c'est un endroit encore ignoré des touristes.
Pourtant le charme de cette région me plaît. Ici les Birmans vivent sur l'eau, à proximité de l'eau et parfois même les pieds dans l'eau durant la saison des pluies particulièrement intense dans cette zone du pays, qui avait été meurtri en 2008 par le cyclone Nargis.
Je m'éloigne un peu de la ville et tombe sur un embarcadère où les bateliers ne semblent pas avoir beaucoup d'activité. L'un d'eux me propose un tour sur la rivière. On se base sur 3 heures de navigation pour 16 000 k avec priorité donnée à la visite de l'intérieur de la mangrove. Je ne sais pas trop ce qui m'attend car le batelier ne comprend quasiment aucun mot d'Anglais.
Nous voilà partis à l'intérieur de ce réseau de canaux qui devient de plus en plus étroit à force de s'enfoncer dans la mangrove. La végétation est de plus en plus dense à tel point que ma tête heurte quelques branchages. Je me prendrai presque comme un grand aventurier, un peu comme Indiana Jones. On croise quelques bateaux, dont certains vont de maison en maison déposer les habitants.
A un moment donné, le batelier est contraint de rebrousser chemin car la voie d'eau est infranchissable à cause de la végétation. On fait demi tour pour regagner la rivière principale. Il tombe quelques gouttes, mais rien de bien méchant. Du moins rien de comparable avec ce qui va tomber durant la nuit. Un terrible orage va s'abattre sur Bogale, les restes d'une dépression qui a parcouru le sud de la Thaïlande et de la Birmanie.
Pour aller manger, je traverse la rue les pieds dans l'eau et le lendemain matin, le niveau est encore monté d'un cran. Une météo inattendue en plein mois de janvier, habituellement réputé sec.
La pluie va rapidement céder sa place au soleil et je me prépare à une longue expédition à vélo sur la route menant à Pyapon (34 km). Une belle route pas trop fréquentée qui longe rizières, forêts tropicales, fermes à canards. Mais aussi des maisons accessibles par de petites passerelles en bois, dont certaines paraissent bien instables.
Un étranger sur un vélo, ça ne doit pas arriver tous les jours ici. Alors quand je m'arrête pour photographier certaines scènes de vie, comme cette femme qui pêche devant sa maison ou une autre qui fait la lessive, c'est parfois l'incompréhension. Deux ou trois mots en Birman de ma part suffisent à rassurer la population qui me répond volontiers et avec qui j'échange des sourires.
Plus j'avance et plus j'approche de la ville de Pyapon. Les fermes à canards sont de plus en plus nombreuses. A Pyapon, je m'accorde une petite pause déjeuner. Je vais faire un petit tour en bord de rivière, quasiment aussi animée qu'à Bogale. A tout hasard, je demande le prix d'une traversée en bateau pour rejoindre Bogale. On m'annonce le prix de 70 000 k. Bien trop à mon goût.
Il est un peu plus de 14 heures. Je repars tranquillement sur mon vélo chinois en direction de Bogale. Je tombe sur des fermiers qui ramènent les canards à la ferme. Dans les rizières ça s'active pour labourer les terres gorgées d'eau. Le ciel s'assombrit et j'ai le droit à une belle averse en pédalant. J'atteins Bogale trempé.
De retour à Bogale, je ne peux m'empêcher de refaire un tour sur le marché où des femmes crient pour vendre leurs dernières marchandises, tandis que d'autres fument le cigare en attendant les clients. J'ai le droit, comme d'habitude à des sourires, mais aussi des plaisanteries comme cette dame qui veut me vendre des poissons frais et les mettre dans mon sac à dos.
Un marché où il n'y a pas que des femmes qui vendent. Des enfants se chargent aussi de préparer la marchandise, comme cette fille qui découpe les poissons. Oui généralement ici, la population travaille en famille, pour subvenir aux besoins des grands-parents, parents, enfants qui vivent très souvent sous le même toit.
En fin, je fais un petit tour à pied cette fois autour de Bogale. Je m'amuse à regarder des enfants qui font des bêtises dans la cour d'une école jusqu'au moment où ils m'aperçoivent et où l'ambiance retombe. Pas très longtemps car les écoliers vont vite s'amuser de ma présence.
Je marche dans de petites ruelles où des familles sont rassemblées dans des maisons vétustes. On me fait de grands signes de bienvenue, on veut m'inviter à boire le thé ou à manger. Car malgré la pauvreté des habitants, ils ont tous un grand coeur.
La soirée approche et je file à l'embarcadère en espérant au coucher du soleil sur le fleuve. En attendant, j'observe comment vivent les Birmans sur les petites embarcations. L'un d'entre eux m'explique que sa famille dort à l'intérieur du petit bateau et qu'il est considéré comme sa maison. Tandis qu'un peu plus loin de la fumée sort d'une embarcation où un homme fait la cuisine. Le soleil se couche, tandis qu'une fillette maquillée de thanaka m'observe au loin comme s'il s'agissait de la première fois où elle croisait un étranger.