Lundi 19 mai 2014
Ce matin, je suis attendu par le conducteur d'une charrette pour visiter un village Padaung où il paraît même que je pourra voir des danses. Me voilà à l'arrière de la charrette, c'est bien agréable sauf que je me rends vite compte que je connais la route que l'on emprunte. Et ce qui devait arriver arriva, nous voilà dans le village de Sam Bo (ou Pangka) que je visite donc pour la troisième fois. Même les femmes Paudaungs ne font plus attention à moi, trop habitués à me voir ces derniers jours.
On retourne à Loilaw et je n'aurai rien vu de nouveau. De retour en ville, je demande la direction de la station de bus pour réserver un trajet pour Kalaw. Je m'y rends à pied, mais c'est bien plus éloigné que je ne pensais. Et là gentiment, un jeune homme à moto se propose de m'y emmener, abandonnant même sa copine sur le bord de la route. Il n'y a qu'en Birmanie que l'on voit ça. Au guichet, j'obtiens un billet pour Kalaw à 4 000 k.
Je regagne le centre de Loikaw lorsque je croise un chauffeur de taxi qui me demande où je vais. Je lui réponds pour rire : Panpet, le plus gros village Padaung de la région. Il m'annonce un prix de 50 000 k, je tente 20 000 et finalement on s'entend sur 25 000. C'est parti pour une heure de route au nord de la ville, au coeur des collines boisées de l'état Kayah. On atteint des routes de montagne, de plus en plus étroites avant de finir le parcours sur un chemin de terre, à la limite du praticable.
Me voilà à Panpet où avec la chaleur, les femmes Padaungs s'abritent dans les maisons sur pilotis. Mon chauffeur de taxi me dit que les femmes sont dans la forêt, ce qui m'étonne un peu. On se décide alors à faire le tour du village et je vais vite me rendre compte que la plupart des maisons sont occupées par des femmes-girafes. Je vais en voir plusieurs qui s'adonnent aux tâches du quotidien : le ménage, la cuisine... J'avais peur qu'elles viennent vers moi dans l'espoir de me vendre des souvenirs, il n'en sera rien.
En revanche, elles sont nombreuses à attendre un billet en échange d'une photo. Ce qui gâche un peu le plaisir car ce n'est pas dans mes habitudes. Je parviens quand même à faire quelques clichés sympas sans débourser d'argent, préférant photographier des scènes de vie plutôt que des gros plans.
Dans le village de Panpet, une trentaine de femmes et de filles portent des anneaux autour du cou. Pour ma part, je ne verrai que des adultes. On apprendra que la plupart d'entre elles passent la majeure partie de leur temps en Thaïlande voisine, vendant des souvenirs et faisant la joie de touristes fascinés ravis de ramener des photos de vacances si exotiques.
A la frontière thaïlandaise, ces femmes vivent alors dans des villages spécialement transformés pour attirer les touristes. L'entrée est payante et il n'y a que des boutiques de souvenirs, de tissage... D'après ce que me dit une jeune du village, les femmes-girafes gagnent environ 3 000 baths par mois (environ 70 euros) côté thaïlandais. Somme qu'elles ne peuvent gagner dans la région de Loikaw où rien n'a (encore) été conçu en faveur du tourisme.
Et pour venir à Panpet, il faut vraiment en vouloir. Mon chauffeur de taxi reconnaîtra d'ailleurs que c'est la première fois qu'il y met les pieds. Autant dire que les touristes doivent se faire rares ici. D'ailleurs, en arpentant les allées de ce petit village, je m'aperçois que les enfants sont effrayés en voyant un étranger comme moi. Il faut rappeler que cette région nécessitait encore un permis spécial pour y accéder il y a un peu plus d'un an. Ce qui devait freiner les ardeurs des plus aventuriers car pour avoir cette autorisation, il fallait en faire la demande quinze jours avant...
A Panpet, rien n'est vraiment fait pour attirer les touristes. Il n'y a aucun commerce dans le village, juste un petit stand à l'entrée du village avec quelques souvenirs Padaungs. Lors de mon passage, aucune femme-girafe ne tenait le stand.
Je vais approcher quelques unes de ces femmes. Je ne sais pas si ce sont tous ces colliers autour du cou qui donnent une apparence plus âgée à ces femmes. Toujours est-il que je suis toujours surpris quand elles m'annoncent leur âge. Comme cette femme que je croyais être une vieille dame et qui, en fait, n'avait que 37 ans.
J'aurai aussi l'occasion de peser ces colliers qui sont bien plus lourds que je ne pensais. Dès l'âge de cinq ans, les petites filles commencent avec une dizaine d'anneaux, et en ajoute ensuite environ un chaque année jusqu'à l'âge adulte. Une femme peut ainsi porter jusqu'à 25 cercles de métal, soit un total de 5 kg qui compressent ses épaules et ses clavicules.
Une visite imprévue qui m'a permis découvrir les femmes-girafes dans leur habitat d'origine, dans leur région de naissance. Cela faisait pas mal d'années que j'émettais le souhait de visiter Loikaw quand ce serait ouvert aux étrangers. C'est chose faite. C'était sans arrières-pensées malsaines, juste le souhait, après tant de voyages en Birmanie, de découvrir une nouvelle région et de nouvelles populations.
Le soir, repas dans le resto de la veille, derrière le marché principal. Personne ne parle Anglais alors je fais confiance au personnel. Et me voilà avec six plats sur le table, de la cuisine chinoise. Un excellent repas pour un prix au-dessus de la moyenne locale : 4 500 k.