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Le blog de Christophe

Le blog de Christophe

La Birmanie (Myanmar) de la côte ouest de l'Arakan, aux montagnes de l'état Shan, en passant par le delta de l'Irrawaddy, l'état Kayah, l'état Chin et les coins les plus reculés du pays... Vingt ans d'expérience à vous faire partager avant votre départ pour l'aventure.


De mystérieuses minorités autour de Loikaw

Publié par Christophe sur 3 Mars 2019, 18:00pm

La capitale de l'état Kayah, Loikaw est l'étape idéale pour partir à la découverte de minorités méconnues, dont certaines dans des villages encore interdits aux étrangers il y a à peine 10 ans. A la rencontre des plus célèbres, les Padaungs ou femmes girafes, mais aussi les Kayah, Kayaw et Kayan et Lisu.

Vendredi 18 janvier 2019 : Le minibus entre Pinlaung et Loikaw (5 000 k) circule avec quasiment aucun passager et le trajet dure deux heures. La patronne de la Kayah Golden Sky me reconnaît immédiatement. Elle a toujours autant de bagou.

Après un repas dans un resto chinois non loin de l'hôtel, on part directement pour négocier auprès des agences pour rendre visite aux minorités dans les villages aux alentours. La première agence n'est apparemment pas très au courant des conditions d'accès dans les villages et nous envoie à la MTT (Myanmar tourism travel) afin d'obtenir une autorisation, notamment pour se rendre dans le village Kayaw de Htay Kho, le plus beau de la région. Il faut un certain temps pour trouver le bureau de la MTT où un gradé éprouve bien des difficultés à délivrer le document officiel. Il veut le nom de l'agence, de notre guide, la marque du véhicule qui nous emmènera... Et comme le week-end approche, ce n'est pas gagné !

Finalement on rend visite à Victoria (Magasin Loikaw Souvenir, tel. 09 5600125 ou 09 785 600125, adresse n°1 Kandayawadi street, Loikaw)  à qui on avait emprunté une moto l'an passé. Deux roues que l'on avait rendu en piteux état. Victoria semble avoir oublié cet épisode et on négocie une excursion pour le lendemain.

A Loikaw, il y a dix agences destinées aux touristes et autant de guides. Le problème ici est que les excursions sont onéreuses. Car en Birmanie, qui dit peu de touristes, dit prix excessifs pour les visites. C'est le cas à Loikaw, où les touristes occidentaux se font encore rares. Les excursions dans les villages des minorités Kayah, Kayaw ou Kayan se négocient dans les 100 $ la journée, voire 150 $ avec guide, voiture et chauffeur.

Chez Victoria, l'excursion pour Htay Ko est proposée à 120 000 k avec voiture, chauffeur et guide compris pour samedi matin , avec un arrêt au marché de Demoso. 

Dans l'après-midi, on trouve un taxi (35 000 k) pour aller à la rencontre des femmes Padaung - plus communément appelées femmes girafes - dans le village de Panpet, situé à 42 km de Loikaw. On fait l'impasse sur les boutiques de souvenirs sur la route de Panpet et allons directement visiter le village où par chance il n'y a aucun touriste. L'accueil est plutôt sympathique et certaines femmes âgées portant des anneaux au cou se prêtent volontiers à des séances photos. 

On en rencontre certaines qui ont vécu en Thaïlande où elles vivaient des villages spécialement conçus pour les touristes, avant de revenir, il y a 3 ou 4 ans, à Panpet leur terre d'origine.

 

 

On essaie d'échanger avec une femme âgée à l'entrée  de sa cour et qui porte 23 anneaux autour du cou. Elle explique qu'elle dort avec ses anneaux sur lesquels elle a apposé un morceau de tissu afin de ne pas souffrir au niveau du menton.

Les femmes Padaungs qui portent encore les anneaux sont en général les plus âgées. Les plus jeunes qui en portent ne le font que pour les touristes de passage avec des anneaux démontables qu'elles retirent dès la fin de journée.

Dans le village, on va croiser une vingtaine de "femmes girafes" aussi bien dans les maisons où on les observe dans leurs tâches du quotidien que dans les échoppes où elles tissent ou vendent des produits artisanaux.

Samedi 19 janvier : On part à 8 heures pour le village de Htay Kho (120 000 k) avec le chauffeur guide Romano, parlant bien l'Anglais mais ne connaissant pas parfaitement la région. Pour le prix, on ne peut pas tout avoir.

Ce matin, on commence par le marché de Demoso. Le samedi, ainsi que le mercredi, c'est le grand jour de marché. Un marché particulièrement animé où l'on trouve quelques spécialités comme l'alcool de millet fermenté, des oiseaux ou des rats grillés. Parmi les vendeuses, une femme girafe et quelques femmes Kayah reconnaissables par rapport à leurs oreilles allongées en raison des gros pendentifs qu'elles ont portés par le passé.

 

 

On reprend le véhicule avec un arrêt sur la route au niveau d'un point de vue, la montagne de l'éléphant. L'endroit est ouvert aux touristes locaux depuis quelques mois. Certains y passent même la nuit à la belle étoile. Pour le reste, c'est plus la sortie du week-end, en famille avec la grosse voitures et le pique-nique. La vue est splendide et doit valoir encore plus le coup au lever ou au coucher du soleil.

Le route est de plus en plus étroite, et l'ascension plus rude avant de rejoindre le village Kayaw de Htay Kho. Un village où les femmes, vêtues de rose, portent les tenues traditionnelles parmi les plus belles du pays. Le village se situe à 2 h 30 de route de Loikaw et n'est ouvert aux étrangers que depuis trois ans. 

Sur place, il faut prendre un guide local (5 000 k) qui pourra échanger avec les locaux. Ces derniers ayant leur propre dialecte que les Birmans ne comprennent pas.

Ce village, niché dans les hauteurs, compte très exactement 89 familles, soit à peu près 450 habitants. Un village composé de catholiques animistes qui vivent de la culture du maïs, du riz, potirons... et avec quelques bêtes. 

A côté de leur propre production, quelques marchands ambulants viennent vendre à moto des produits de première nécessité venus tout droit de la ville. Sur place, il n'y a quasiment rien, aucun médicament ou produit d'hygiène du quotidien.

Le village a seulement accès à l'électricité depuis 2015-2016. Auparavant seuls des panneaux solaires permettaient d'obtenir l'électricité. Depuis peu, il y a également l'eau courante, du moins de l'eau venue de la montagne.

Les femmes n'ont pas une vie de tout repos. On les voit porter de lourds paniers, chargés de légumes ou de bois, et parcourir de nombreux kilomètres dans les montagnes ou dans les forêts aux alentours.

 

 

Celles qui restent au village pilent les céréales, lavent le linge à un point d'eau ou coupent du bois. Les hommes se font rares dans le village, certains chassent dans les forêts, d'autres cultivent.

Scène ahurissante, cette femme qui trie des larves d'insectes recueillies dans les arbres. Des larves qui seront ensuite cuites avant d'être dégustées. Excellent au niveau des protéines, mais guère appétissant.

On rencontre une autre femme assise sur sa terrasse en bois. On lui demande son âge, elle réfléchit. Peut-être 78 ans ou 83 ans. En fait, elle ne sait pas. Ici, il n'y a pas d'état civil, pas de calendrier et on fête encore moins son anniversaire. Bref l'âge n'a que peu d'importance.

On croise un homme avec un fusil. Il prétend chasser la nuit le cochon sauvage et il y a quelques années encore le tigre. Le dernier tigre a été observé il y a dix ans dans la région.

Vient le tour de l'ancien enseignant du village qui ne parle pas un mot d'Anglais. Mais le guide local explique que 75 enfants sont scolarisés dans le village et encadrés par quatre enseignants.

Certains n'iront pas plus loin que l'école primaire car ensuite il faut poursuivre sa scolarité dans la petite ville de Pruso, assez éloignée et surtout ça revient cher. Les enfants sont apparemment plus utiles dans le village pour les tâches quotidiennes.

Des enfants qui se marieront au sein de la communauté kayaw. La famille du futur marié doit payer la famille de l'épouse avec un buffle, un porc, trois poulets, une vache et des bijoux. 

Plus de deux heures passées dans ce merveilleux village qui aux dires du guide local reçoit plus de visiteurs que l'an passé. Sur le cahier qui recense le nombre de visiteurs, on peut voir qu'en janvier, en pleine saison touristique, seule une dizaine de touristes a mis les pieds dans le village.

Dimanche 20 janvier : Ce matin, c'est le grand marché de Loikaw où quelques groupes de touristes sont de passage accompagnés de guides. Un marché intéressant où certains vendeurs proposent des curiosités comme ces rats grillés. Ce qui fait bien rire les locaux qui essaient de nous expliquer qu'il s'agit en fait de souris.

Un marché où on va en profiter pour acheter quelques fruits et légumes. Des tomates à 500 k le kilo, une papaye à 1 000 k, 4 avocats pour 1 000 k... Des prix dérisoires. 

L'après-midi, direction Isan (40 000 k en taxi), un village de la minorité Lisu, situé à 40 minutes de  route de Loikaw et encore 40 minutes à pied à travers un chemin relativement plat. C'est là que le chauffeur nous laisse pour une petite randonnée et afin de ne pas abîmer son véhicule. 

Quand on a rencontré les femmes Padaungs et surtout les Kayaw, c'est difficile de faire mieux au niveau de la beauté des tenues traditionnelles. Pourtant les femmes Lisu ont aussi leur charme dans ce petit village, où des panneaux mettent en garde contre les mines terrestres (Veillez donc à ne pas vous écarter des voies principales). Leurs tenues bariolées de vert, rose, rouge, jaune sont du plus bel effet.

Désormais, seules les femmes âgées les portent. D'ailleurs le jour de notre visite, elles n'étaient pas très nombreuses à porter la tenue traditionnelle, peut-être 5 ou 6 pas plus. Des femmes qui n'apprécient pas particulièrement la présence des étrangers, et encore moins des photos. Elles ne cherchent pas vraiment à entrer en contact avec les touristes. Contrairement aux enfants qui sont particulièrement hardis et multiplient les pitreries. 

On essaiera d'échanger avec quelques femmes âgées mais la barrière de la langue est un handicap. On regagne tranquillement avec la voiture et chauffeur en direction de Loikaw.

Comme ce matin, je retourne à la pagode Taung Kwe, la plus célèbre de Loikaw. Aussi belle à voir au lever du jour qu'à la nuit tombée. Avec un faible quand même pour la vue au petit matin.

Lundi 21 janvier 2019 : Aujourd'hui visite de deux villages, Lo Po Nataung Lar où vivent des femmes Padaung très âgées qui ont la particularité de porter un nombre impressionnant d'anneaux autour du coup, mais aussi aux jambes. Et un second village, Hta Nee Lah Leh, où les traditions animistes sont très fortes. Prix de l'excursion auprès de Victoria avec chauffeur et sans guide 90 000 k. 

Je ne connais que le second village pour l'avoir déjà visité l'an passé et il ne m'avait guère emballé d'autant plus qu'une association de guides locaux abusait sur les prix pour pénétrer dans les maisons ou pour photographier les femmes en habit traditionnel. Payer aussi si on voulait avoir droit à une petite chanson. Donc je m'étais préparé à une journée sans grandes surprises, ni découvertes exceptionnelles pour ne pas être déçu sur le chemin du retour. Finalement, c'est tout le contraire qui est arrivé, un peu grâce à notre chauffeur inexpérimenté auprès des touristes.

D'abord le village Padaung de Lo Po a été une réelle surprise. Ici, les dernières femmes girafes sont très âgées, entre 78 et 85 ans, et n'ont jamais quitté leur village, pour s'exiler en Thaïlande par exemple. Des femmes qui, en effet, portent un nombre impressionnant d'anneaux comparativement au village de Panpet. Sur l'un d'entre elles, j'en ai compté jusqu'à 23. Des anneaux quasiment aussi nombreux au niveau des jambes.

On pénètre dans leurs maisons avec un habitant du village, essayons d'échanger des banalités, en demandant leur âge, à combien ils vivent dans la maison... Une femme Padaung va même nous accorder une chanson et quelques pas de danse avec de beaux sourires en prime.

 

Dans les maisons, il n'est pas rare que les habitants préparent de l'alcool grâce à la fermentation du riz et du millet. Alcool qui se boit ensuite à la paille, dans la plus pure des traditions. J'ai le droit à une petite dégustation de cette boisson appelée Khoung Yee.

Nous sommes également invités dans une maison où il n'y a pas de femmes au long cou, mais une grande famille Padaung, avec grands parents, enfants, petits enfants nous accueillent à bras ouverts. Je visite les lieux, on me montre les chambres, la cuisine, la pièce où fermentent riz et millet... Une maison qui abrite dix personnes. A l'extérieur, toute la famille est réunie. Une femme coupe les cheveux à des enfants, une autre surveille un bébé dans un landau en bois et les autres discutent. 

On repart tranquillement après cette agréable visite et nous arrêtons deux fois en route après avoir croisé deux femmes Padaung de Lo Po, dont une est en train de tisser. Un peu plus loin, deux autres femmes girafes, du village de Panpet, longent la route. Une d'entre elles s'abrite du soleil sous un parapluie.

En tout début d'après-midi, on atteint Hta Nee Lah Leh où les femmes en tenue rouge et noire, portent des fils en caoutchouc au niveau des jambes et des boucles d'oreilles impressionnantes. Ici normalement, il faut être accompagné d'un guide du village qui notera scrupuleusement le nombre de maisons visitées avant de vous faire payer la note. Sauf que notre chauffeur ne prend pas la précaution d'avertir le chef du village et nous entrons dans les maisons sans aucun accord.

Une première femme Kayah en tenue se présente à nous. Ca sent le vinaigre car l'homme de la maison interpelle notre chauffeur. On s'éclipse et visitons le village sans accompagnement. Nous nous faisons inviter dans deux maisons dont l'une où la femme Kayah est très souriante. Une belle série de photos en perspective.

On ne s'éloigne pas trop car notre chauffeur n'est pas en vue. On fait le tour du village assez calme et où la population semble assez surprise qu'aucun guide ne nous précède. L'ambiance était légèrement tendue, on préfère regagner le véhicule. Nous retrouvons le chauffeur et regagnons Loikaw après cette journée fort agréable et où nous avons eu pas mal de liberté. Ce qui n'est jamais simple dans la région où il faut en général et assisté d'un guide qui ne vous lâchera pas d'une semelle.

 

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S
Bonjour Christophe, <br /> <br /> Tout d'abord, un grand MERCI pour ce blog qui est une véritable mine d'informations sur la Birmanie. Je pars en tant que solo backpackeuse en Août et souhaite vivre une expérience authentique d'où mon envie de visiter Loikaw et ses alentours. J'aurais cependant souhaité savoir s'il était possible de rejoindre Kalaw depuis Loikaw ? Je n'ai trouvé aucune information sur le sujet ... Merci par avance.
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C
Bonjour,<br /> Oui c'est possible, il suffit juste de rejoindre Augban, à quelques kilomètres de Kalaw. C'est dans cette ville que se trouve la jonction avec la route de Loikaw. On peut s'y rendre depuis Kalaw en moto-taxi. De là, tous les matins, plusieurs minibus partent en direction de Loikaw, via Pinlaung et Pekon.<br /> Christophe
B
Bonjour Christophe,<br /> Il semblerait que vous soyez devenu l'un des plus actifs promoteurs du tourisme dans la région de Loikaw. J'ai vu il y a qques jours à Nyaungshwe dans une agence de voyage près du canal une affiche publicitaire touristique sur Loikaw avec une référence explicite à l'un des articles de votre blog...<br /> Un grand merci en tous les cas pour votre site qui nous a donné envie avec ma femme et mes trois enfants de découvrir Loikaw et ses environs. Du Golden sky motel d'où je vous envoie ce message, nous avons fait hier une très belle excursion dans les villages de Panpet et Lo Po. Après six mois de voyage en Asie du Sud est (laos, Cambodge, Thaïlande, Indonésie), je comprends votre fascination et amour pour le Myanmar. Un grand merci pour vos partages qui nous donneront envie de retourner dans ce pays pour y découvrir d'autres régions.
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C
Bonjour Bertrand et merci pour le retour. Profitez bien de ce voyage et j'espère qu'il vous donnera envie d'y revenir. Pour ce qui est de l'affiche publicitaire au lac Inle, elle ne m'est pas inconnue. <br /> Si vous restez encore un peu à Loikaw, n'oubliez pas de visiter le village de Htay Ko, c'est ce qu'il se fait de mieux dans la région !
P
Quelles photos magnifiques ! Ah, juste envie de retourner au Myanmar... Grand merci pour ce partage
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C
Bonjour, j'avais bien aimé Htay Ko, même si avec le temps ça risque vite de changer. En revanche, je ne connais pas Yuu So Para, ça se trouve où et quelle minorité y vit?
B
Bonjour Christophe<br /> Nous hesitons entre Htay Ko et Yuu So Para, vous avez une opinion? Comme Htay Ko fait parti du cbt nous avons peur que ca soit trop touristique et que l'experience avec les gens soient moins authentique. Qu'en pensez vous?
C
Merci beaucoup pour le compliment.

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