Nouvelle escapade à Bogale, au coeur du delta de l'Irrawaddy et de la mangrove, un endroit que je commence à bien connaître et qui plus que jamais fait partie de mes endroits préférés en Birmanie.
Jeudi 13 février 2020 : Je ne me lasse jamais de Bogale !
C'est toujours avec autant de plaisir que je retrouve Bogale. Cette fois-ci, c'est la première halte de mon voyage après un bref passage par Yangon. Le vol depuis Paris avec la Qatar Airways s'est bien passé, une courte escale à Doha (2 heures) et une arrivée en fin de journée à l'aéroport de Yangon.
Les formalités sont toujours aussi rapides, de la présentation du visa à la récupération des bagages, au change (1 557 k pour un euro), l'achat d'une carte Sim et quelques gâteaux dans l'épicerie de l'aéroport... Je vais tellement vite que j'en oublie mon bagage devant le magasins de cartes téléphoniques. Une hôtesse me le garde précieusement en attendant mon retour. Dans d'autres aéroports, il y aurait peut-être déjà eu un périmètre de sécurité autour du sac !
Le soir, c'est au Broadway Hotel, à 4 km de l'aéroport, que je vais dormir, dans un établissement confortable avec un lit gigantesque. A l'époque, quand je l'avais réservé, je pensais rejoindre la station de bus Aung Mingalar pour remonter vers le nord le lendemain matin. Mais changement de programme, c'est Bogale, dans le delta de l'Irrawaddy qui m'attend.
Le jeudi matin, après un bon buffet petit déjeuner, direction Pansodan jetty en taxi (6 000 k) pour prendre le ferry vers Dala. Tout se passe sans encombre, un minibus (3 500 k) part dans 20 minutes pour Bogale.
Confortablement installé, je peux admirer les paysages verts avec les rizières, les cocotiers et la végétation abondante malgré que l'on soit au coeur de la saison sèche. Les petites maisons en bois, au toit conçu avec des feuilles d'arbres, se succèdent au bord de la route, juste séparées par des canaux où barbotent des canards où des passerelles plus ou moins stables permettent d'accéder aux habitations.
Le minibus ne perd pas de temps et fait le parcours d'une seule traite et atteint Bogale après 2 h 30 de route. Il s'arrête à deux pas de la Nansabel guesthouse où j'ai mes habitudes et où je dispose d'une belle chambre à 20 000 k. Le personnel fait mine de ne pas me reconnaître, sûrement par timidité. Un personnel qui a toujours autant de mal à se débrouiller en Anglais et avec qui les conversations restent limitées.
Un petit tour dans la ville, sur le marché toujours aussi animé avec ses vendeurs de fleurs, poissons, fruits et légumes... Je trouve sans trop de difficulté un bateau pour une balade sur la rivière et les canaux. 15 000 k pour les deux heures de navigation.
Les paysages et la vie sur le fleuve contrastent avec le reste de la Birmanie. Une belle balade, avec un petit regret tout de même, le batelier a quelque peu délaissé les canaux, estimant à juste titre que le niveau d'eau était trop bas.
L'embarcation a privilégié le fleuve qui ce jour-là était quelque peu agité, ce qui a même donné droit à quelques arrosages improvisés. En navigant sur les canaux, on approche quelques maisons isolées dans la mangrove et une végétation toujours aussi dense et surprenante.
De temps à autre, on aperçoit quelques oiseaux, mais pas tant que ça. Quant aux crocodiles, c'est un peu plus au sud qu'il faut aller, dans la réserve Meinmahla Kyun où l'on peut également découvrir des tortues, selon les saisons, mais aussi des dauphins pour les plus chanceux. Cette fois-ci, je verrai quelques oiseaux, dont des spatules.
En fin de journée, repas au restaurant Happy, juste en face de l'hôtel. Il y a un menu en Anglais avec des plats chinois, mais quel dommage que ce soit aussi gras. Les jours suivants, je privilégierai les restaurants de rue.
Vendredi 14 février 2020 : Coup de chaud à vélo
Après une mohinga bien épicée dans le tea-shop en face de l'hôtel, je dégote un vélo à la Nansabel. C'est parti pour un tour en dehors de la ville, plus court que prévu à cause d'une chaîne défaillante, et quasiment irréparable. ça va je ne suis pas encore trop loin de l'hôtel. J'y retourne donc pour un échange de vélo qui semble faire l'affaire cette fois-ci.
En route dans des petits chemins à travers les rizières, des petits villages nichés dans la végétation et d où les enfants sortent de l'école et sont tout étonnés de me croiser.
Je m'enfonce dans des chemins de terre jusqu'à des canaux qui m'empêchent d'aller plus loin. Des locaux m'observent au pied de leur maison. Ils doivent se demander ce que je fais ici, à vélo et sur un chemin qui mène nulle part. Ils ont l'air intimidé par ma présence et c'est à moi de faire les salutations pour les rassurer.
Je repars tranquillement sur ce chemin bordé d'arbres, de cocotiers, de palmiers et de petites maisons en bois. ça me rappelle de lointain voyage au Sri Lanka lorsque là aussi je partais pour de longs périples à vélo.
Je retrouve les ruelles de Bogale, longeant ces maisons au confort spartiate et où tout le monde vit à l'extérieur. La cuisine, la vaisselle, la lessive et même la toilette se font à l'extérieur, à n'importe quelle heure de la journée et quasiment à la vue de tout le monde. J'avoue que je suis parfois gêné, surtout lorsque je croise des femmes occupées à la toilette.
Les enfants sont nombreux dans les rues, ils jouent avec des billes, des cartes, des poupées ou des voitures d'un autre temps, ou s'improvisent cuisinières comme ces jeunes filles qui étalent des ustensiles au bord de la route.
Un peu plus loin, je croise des femmes à l'abri des regards qui jouent à des jeux d'argent tandis que les hommes reviennent avec des bidons remplis d'eau qui rempliront ensuite les jarres à l'entrée des maisons.
Les habitants ne vivent pas dans le grand luxe, bien au contraire. Le confort dans les maisons est sommaire, les détritus jonchent les entrées de rue, parfois même les alentours proches des habitations. Quand ils ne se trouvent pas à deux pas des points d'eau où les locaux viennent s'approvisionner et faire leur toilette.
J'atteins un endroit surprenant, une piscine à ciel ouvert où des adultes jouent au water polo et s'en donnent à coeur joie. Une scène improbable dans ce lieu où la vie semble si dure. Mais ici, étrangement, à chaque coin de rue, j'ai le droit à des sourires.
Je poursuis ma balade au bord de la rivière où des usines se succèdent : récoltants de riz, découpes de bois ou de noix de coco... Face aux usines, des habitations au confort encore plus rudimentaire. Certaines de ces maisons abritent des ouvriers des usines voisines, d'autres de petits commerces alimentaires ou de boissons qui vivent grâce à la proximité des usines.
Je repars tranquillement sur mon vélo après cette longue balade, en oubliant presque que le soleil a frappé fort toute la journée. Le soir, après avoir mangé deux mohinga, je me rends compte que ma peau a bien rougi, trop même.
Samedi 15 février : Sur les canaux dans le delta
Ce matin, je retourne à un endroit où il y a de nombreux bateaux. Juste avant le grand pont à la sortie de la ville, sur la route de Pyapon-Yangon, à droite. Sur le ponton, quelques bateliers mais aucun ne parle Anglais, ni ne comprend mon souhait de naviguer sur les canaux. Finalement, on m'indique un jeune homme qui vient tout juste d'arriver avec son embarcation.
Je lui explique brièvement mes envies et il m'annonce le prix de 15 000 k pour deux heures de balade. Une magnifique excursion au plus près de la végétation avec la majeure partie du parcours, en plein coeur de la mangrove où l'on paraît tout petit à côté de ces immenses arbres sortis tout droit de l'eau.
Il y a de la vie au bord des canaux, dans ces maisons les pieds dans l'eau et surtout dans la boue. Des maisons qui, à la saison des pluies, ne sont accessibles que par bateau. En ce moment, le niveau d'eau est plutôt bas et certaines embarcations, les plus grandes, restent sur la terre ferme.
Mon batelier du jour est fort avenant et s'enfonce le plus loin possible dans les canaux là où le niveau d'eau le permet. La balade est fort plaisante, on est loin de tout, on se croirait au fin fond de l'Amazonie.
On se faufile entre les arbres, les petites embarcations de pêcheurs ou celles transportant des voyageurs.
Retour sur la terre ferme, direction des petites allées bordées de maisons au confort rudimentaire. Les enfants me suivent, les parents en font presque autant. Je pose le vélo et me voilà parti à pied à visiter ce faubourg de Bogale, peut-être un des endroits les plus pauvres que j'ai pu voir dans cette région.
Le marchand de glaces passe. L'occasion d'en offrir à des enfants qui affichent un grand sourire. Le jeune vendeur aussi.
La balade se poursuit avec des adultes qui veulent absolument montrer leur jardin, qui semble être leur fierté. Il faut dire que hormis leurs fruits et légumes, ces habitants n'ont que peu de biens mais ils semblent s'en accommoder.
Sur le chemin du retour, une fillette qui avait eu droit à une glace tend généreusement un paquets de chips. Elle enchaîne sur quelques mots en Anglais, toute contente d'offrir ce cadeau. Dans ce genre de situation, on comprend mieux pourquoi la Birmanie est considérée comme un des pays les plus généreux au monde.
Quelques bons conseils à Bogale
1 - Si vous dormez à Bogale, restez à la Nansabel guesthouse et demandez la chambre 504 ou 503 (25 000-20 000 k la nuit, sans petit déjeuner). C'est certainement l'établissement le plus correct de la ville.
2 - La guesthouse prête des vélos, demandez à l'avance et ne soyez pas trop exigeants car ils ne sont pas de toute première main. Faites attention à la circulation dans Bogale. Par endroit, les motocyclistes circulent un peu n'importe comment. Enfin, je ne suis pas un adepte, mais il est probable que l'on puisse louer un scooter. A vérifier sur place.
3 - Pour trouver un bateau, il faut se débrouiller par ses propres moyens et aller voir les locaux. On n'est pas à Venise ou au lac Inle, ici, il n'y a pas d'embarcations destinées aux touristes... car il n'y a pas de touristes. Il faut soit aller au bord du fleuve, près du marché et ne pas hésiter à demander aux bateaux qui livrent les légumes. Ou mieux, tourner à droite avant le grand pont à la sortie de la ville, sur la route de Yangon. Aller jusqu'à l'embarcadère, faites comprendre que vous cherchez un bateau pour explorer les canaux. Négociez sur la base de 15 000 k les 2 heures.
4 - Bogale est une ville verte tout au long de l'année. Mais profitez de l'après saison des pluies quand le niveau de l'eau est assez élevé. Vous pourrez ainsi naviguer sur des distances plus longues à travers la mangrove, et les paysages sont encore plus grandioses qu'en période sèche.