Il y a peu encore, j'ignorais tout de cette destination. Je ne savais même pas si elle était accessible ou non aux touristes et si on pouvait s'y rendre en transport en commun. Finalement Ywangan commence tout juste à attirer les premiers étrangers avec des sites surprenants comme son lac bleu, ses cascades et des découvertes originales comme cette fabrique de café.
Mercredi 9 octobre : Un bus nommé désir
Encore une nuit excellente à la Thitaw Lay House et un petit déjeuner fort copieux. Ce matin, je suis seul pour le buffet, mais ce n'est pas une raison pour tout manger comme me l'a conseillé le cuisinier.
Un peu de repos sur la terrasse du bungalow et à 11 heures, un moto-taxi (3 000 k) m'emmène à Augban où mon bus est prévu à midi pour Ywangan. Sauf qu'il faudra être patient car le bus ne va arriver que vers 13 h 30. Et alors que la pluie redouble, il faut encore une bonne demi heure pour charger de diverses marchandises le toit et l'intérieur du bus.
Bref, nous voilà partis avec deux heures de retard par une belle route où l'on croise les charrettes tirées par des boeufs qui rentrent du travail ou ces hommes et femmes qui travaillent dans les terres. Le bus, un ancien modèle chargé de fond en comble, avance timidement, s'arrêtant à plusieurs reprises pour décharger des marchandises, essentiellement dans des commerces sur la route.
Je suis à côté du chauffeur et je peux tranquillement admirer le paysage : les montagnes, les plantations, mais aussi cette pagode perchée sur un rocher que j'aurai l'occasion de revoir de plus près au cours de mes visites. Une route où l'on a tout le temps pour profiter de la vue. Car en plus des arrêts obligatoires, il y a quelques haltes improvisées du fait du passage de troupeaux au beau milieu de la chaussée.
Peu après 16 h 30, on atteint Ywangan et le bus m'arrête au Shwe Gu Gu Hotel. J'avais effectué une réservation via messenger à 10 000 k la nuit, mais je m'aperçois que j'étais en contact avec la guesthouse du même nom, mais pas l'hôtel plus cher et qui dispose de bungalow à 30 000 k. Là y a de la place ce soir et demain, contrairement à la guesthouse où je ne pouvais passer qu'une nuit.
Le bungalow est confortable avec un grand lit. En fin de journée, je fais un tour dans cette petite ville, concentrée sur une grande artère. Une ville où les regards d'étonnement se multiplient car là encore, cette destination est ouverte depuis peu au tourisme. Et il faut dire que ce n'est pas la route la plus empruntée par les étrangers.
Je vais manger dans un petit resto : du riz frit avec boeuf et légumes, une soupe pour 1 500 k. Le soir à l'hôtel, je négocie avec le patron un tour à moto pour le lendemain avec chauffeur pour faciliter l'orientation. C'est 20 000 k la journée, non négociable.
Jeudi 10 octobre : des sites naturels se révèlent aux rares touristes
C'est un secret pour personne, Ywangan n'est pas la destination touristique n°1 en Birmanie. Curieusement, au cours de cette journée à moto où je pensais croiser aucun étranger, je vais en voir 3 ou 4.
La journée a commencé par un bon petit déjeuner à la Shwe Gue Gu, avec plusieurs plats locaux accompagnés de café. Un peu avant 9 heures, je pars avec mon chauffeur en direction du sud de cette petite ville. Pour commencer, il m'emmène sur le site le plus éloigné avec une pagode perchée sur une colline. Une colline sacrée pour le peuple Danu.
Un site que l'on repère au loin et qui a beaucoup de charme. Une fois sur place, il faut grimper une centaine de marches pour bénéficier de points de vue de toute beauté sur les montagnes et les cultures aux alentours.
La suite du programme, c'est le site le plus insolite de cette région : le lac bleu. Ce petit lac se trouve à proximité du village de Taw Kyel. On y accède par un escalier en béton à travers une forêt dense. Et là face à moi, une eau d'un bleu intense.
Certains villageois prétendent que l'eau du lac bleu peut guérir les maux et les douleurs comme s'il avait des pouvoirs surnaturels. Des visiteurs ont également embouteillé l'eau du lac et étrangement l'eau n'est plus bleue. La rumeur dit qu'un bijou précieux au fond du lac lui donnerait cette couleur.
En tout cas, cette couleur ne provient pas d'un quelconque produit chimique car il y a des poissons qui, pour le coup, ne sont pas bleus. Un endroit étrange où, par chance, il n'y avait aucun touriste.
En fin de matinée, j'ai le droit à la visite de deux cascades. La seconde, sur la route de Pindaya, étant la plus intéressante du fait de la marche à effectuer à travers la végétation pour y accéder. Nous ferons le chemin avec des enfants qui viennent de terminer l'école et partent se baigner.
Le chauffeur m'accompagne au plus près des chutes d'eau, il marche pieds nus sur les rochers. Le terrain étant trop glissant, je préfère rester à proximité sur la terre ferme. Les enfants escaladent rochers, courent sur les passerelles improvisées ... Ils m'invitent à les suivre, je passe mon chemin.
Pour finir la journée, nous partons pour la visite d'une fabrique de café qu'il a fallu que je réclame car le chauffeur avait oublié. Nous sommes à la compagnie Génius et un autre touriste est sur les lieux. Nous en profitons pour faire la visite ensemble. On nous montre les quelques machines servant à produire les quelques 500 kg de café par jour.
L'occasion aussi de voir le travail éprouvant des jeunes femmes qui trient les grains de café un par un et à la main. L'entreprise emploie 100 salariés, mais je n'ai pas osé demander combien ils gagnaient. La visite se termine par la dégustation d'un café (1 500 k) et l'achat de café bio à 6 800 k les 200 g, les prix sont élevés pour le pays et par rapport à d'autres cafés à travers la monde.
De retour à l'hôtel, je demande au patron s'il y a des bus pour Kyaukse le lendemain et pas trop tôt car j'aimerais bien voir le marché des 5 jours qui se tient le matin même à Ywangan. Oui je sais, je suis assez exigeant.
Au final, je n'ai pas de bol. Tous les bus du matin sont complets et il ne reste plus qu'un taxi (8 000 k la place) à 7 heures. Un long week-end de congés est en prévision pour les Birmans en vue de la fête des lumières d'où les difficultés pour trouver des transports en commun. Tant pis, je me lèverai tôt et le patron se propose de m'emmener au marché à 6 heures et me ramener à moto pour le petit déjeuner. Sympa.
Vendredi 11 octobre : un petit tour de marché et puis s'en va !
La nuit a été courte et particulièrement agitée car des trombes d'eau sont tombées jusqu'au moins minuit. A 5 h 20, je suis debout et peu avant 6 heures, le patron me dépose à moto au marché des 5 jours. Bon ce n'est pas le plus beau marché de la région, ni le plus grand, les Paos, les Palaungs et autres minorités en tenue traditionnelle sont aux abonnés absents...
Reste que ce marché a un certain charme. Et à croiser les regards des vendeurs comme des acheteurs, ils n'ont pas dû croiser un touriste étranger depuis belle lurette. J'en profite pour prendre quelques photos des locaux pendant leurs emplettes et sens quelques réserves de leur part. Il faut que j'effectue quelques tours de ce petit marché pour enfin avoir le droit à quelques sourires et pour que ça se décrispe un peu.
Puis je tombe sur une femme qui veut engager la conversation. En fait elle m'a reconnu car hier, sur la route principale, je lui avais demandé des conseils pour me rendre à Kyaukse. Elle est toute contente que j'ai pu finalement trouver un moyen de transport.
A 6 h 30, la moto de l'hôtel vient me récupérer sur le marché avec le chauffeur de la veille et me voilà devant un petit déjeuner copieux. Avant de rejoindre le taxi à 7 h 15 avec trois passagers à bord dont un moine à mes côtés.
Le taxi va emprunter une route de montagne en mauvais état, avec de nombreux lacets et un chauffeur qui a tendance à appuyer sur le champignon. Peu avant 10 heures, nous arrivons à Kyaukse.
Le taxi me dépose à l'hôtel Ever, réservé à 25 $ la nuit. Je salue mes compagnons de voyage qui eux partent en direction de Mandalay. J'ai droit à une grande chambre confortable, propre et plutôt au calme dans cette ville qui semble assez bruyante.
Après une bonne douche, je pars me repérer dans Kyaukse où il fait particulièrement chaud. Je n'y suis plus trop habitué après mon passage dans les montagnes de l'état Shan. Cet après-midi, c'est plutôt farniente. Il faut dire qu'en dehors du festival, il n'y a pas grand chose à faire dans cette ville. Même si on m'a annoncé une jolie pagode dans les montagnes, à 20 minutes de route de la ville. Mais je ne l'ai appris que le jour de mon départ.
Pour passer le temps, je m'arrête dans un parc et observe les Birmans s'amuser avec des jeux d'un autre temps comme ces auto-tamponneuses qui avancent au ralenti sur air de musique hispanique très tendance.
Je prends ensuite un repas dans un restaurant indien avec des en-cas bien gras . Le patron est ravi de recevoir un étranger et il me montre les décorations dans son établissement. Des lampes et des bougies sont déposées aux quatre coins du restaurant en prévision du festival des lumières, ainsi que des petits éléphants décoratifs. Cette fois-ci pour un autre festival, celui des éléphants qui se tient tous les ans à Kyaukse. A suivre au prochain épisode.