Dans la région de Loikaw vivent de nombreuses minorités ethniques dont certaines sont plus difficiles d'accès comme les Kayaw ou encore les Lisus. Rencontres en terres inconnues.
Vendredi 12 janvier 2018 : D'Aungban à Loikaw en minibus

Le petit déjeuner de l'hôtel Yadanar à Aungban est plus que correct avec un buffet suffisamment varié. A la réception de l'hôtel, on nous prévient que le bus pour Loikaw qui devait arriver à 9 h 30 aura un peu de retard. Finalement à 10 h 45, c'est un minibus qui déboule dans la cour de l'établissement. JC et moi sommes bien installés derrière le chauffeur, ce qui va permettre d'admirer les paysages le long du lac Inle, les montagnes, les champs de culture particulièrement riches en fruits et légumes à cette période de l'année.

On traverse de nombreux villages peuplés de Paos, dont les femmes sont très vite reconnaissables à leur tunique noire et leur serviette enroulée autour de la tête. En route, je vais retrouver avec grand plaisir la petite ville de Pinlaung que j'avais découverte l'an passé. L'endroit, niché au coeur des montages, n'a pas changé. Il compte toujours deux petites guesthouses et une une population à majorité Pao.
Nous allons manger des noddles dans un tea shop (face à la guesthouse sur la route principale). Le patron nous a gâtés en les agrémentant de salades de tomates. Un régal pour 1 000 kyats.

On repart en direction de Loikaw. Il est à peine 13 heures. Au bout d'1 h 30, nouvel arrêt sympathique, cette fois à Pekhon où on va déposer des passagers et décharger les bagages sur le toit. Avec l'aide précieuse d'un moine car un fil électrique empêche le véhicule de passer. Un bâton fera l'affaire. Dans Pekhon, on passe devant le marché, à proximité de l'embarcadère avant de reprendre la route de Loikaw que l'on atteint vers 16 heures.
Le minibus me dépose au Golden Sky Motel (29 $ la nuit), situé à deux pas de la pagode la plus célèbre de la ville, Taung Gwe. L'hôtel est correct, une belle chambre, un grand lit. Un endroit est plaisant mais à peine ai-je posé pied qu'on me passe un guide au téléphone. Je décline son offre, comme celles des guides contactés via internet. L'un me proposait des journées à 100 $, le second réclamait 150 $. Très très loin du salaire moyen birman.

La fin de journée approche, je file à la pagode Taung Gwe perchée dans les collines et dont la forme est impressionnante. C'est le moment du coucher du soleil et il y a quelques touristes de passage. Tous accompagnés d'un guide.
Pour JC et moi, ce sera sans guide car en début de soirée, nous allons louer une moto flambant neuve (15 000 k la journée) dans une boutique tenue par Victoria. La jeune patronne ne fait pas le jeu des guides et fait tout pour rendre service aux touristes. Elle indique des itinéraires à prendre, prévient qu'il faut une autorisation pour que les étrangers puissent piloter une moto dans la région. Mais aux dernières nouvelles, les autorités ne les contrôlent jamais. C'est donc sans autorisation que nous prendrons la route demain.
Samedi 13 janvier : Les femmes girafes de retour de Thaïlande

Ce matin, le petit déjeuner du Golden Sky Motel, pris sur le toit terrasse, est fort copieux. J'entends dans la rue des enfants chanter, ça m'interpelle. Ni une, ni deux, je descends les escaliers et tombe nez à nez avec des nones qui font le tour des maisons à la quête de quelque nourriture. De jeunes filles toutes charmantes avec leur tenue rose.

A 7 h 30, je retrouve JC avec la moto. Direction Demasoo où se tient un grand marché tous les mercredi, samedi et lundi. Ce matin, il fait un peu frisquet, et c'est surtout le vent qui est désagréable. Mais ça ne va pas durer.


Avant Demasoo, on s'arrête devant le lac artificiel où des femmes et enfants de la minorité Padaung sont en tenue traditionnelle. Première séance de photos à laquelle tout le monde se prête au jeu. De nombreux Birmans stoppent aussi leurs véhicules pour venir prendre quelques photos. Ce n'est pas très naturel, mais ça permet une première approche avec cette minorité, parfois décriée pour ses coutumes ancestrales.et ses grands colliers qui leur ont valu le nom de femmes girafes.

C'est le grand marché que l'on va ensuite parcourir. Curieusement ce jour-là, on ne croisera aucune femme en tenue traditionnelle, ni femme Padaung. En revanche, on va passer un bon moment à observer quelques curiosités.
Comme cette femme qui vend des rats grillés et d'autres qui n'ont plus qu'à passer sur le feu de bois. Elle les vend 3 000 k l'unité et a bien cru que j'allais lui en acheter un ! Il y a aussi ces femmes qui vendent des petits oiseaux vivants, destinés eux aussi à être dégustés. Ils sont vendus 6 000 k les dix.

Un peu plus loin, il y a le boucher qui avec un énorme couteau s'acharne sur la viande. Son tee-shirt taché de sang témoigne de son travail coriace. Avant de s'arrêter dans un stand où noix de bétel, épices, tabac se côtoient et qui est tenu par une famille népalaise avec qui on échange quelques mots.

On poursuit notre route en direction de Panpet, le village où vivent de nombreuses femmes Padaung. A l'approche du village, ce qui frappe d'abord, c'est que la route a été entièrement refaite. Lors de mon premier passage ici, il y a 3-4 ans, c'était un chemin de terre pour y accéder. Deuxième nouveauté, les petites boutiques de souvenirs commencent à fleurir bien avant l'arrivée au village. Toutes sont tenues par des femmes au long cou.

Ces dernières années, les femmes Padaung parties s'exiler en Thaïlande, pour rejoindre des zoos humains pour touristes, reviennent sur leurs terres d'origine dans l'état Kayah. A Panpet justement, on rencontre une femme de 58 ans, fort attachante, qui a vécu neuf années en Thaïlande avant de revenir depuis cinq mois dans sa région natale. Quand on lui demande ce qu'elle pense de la Thaïlande, la réponse ne se fait pas attendre : " Thailand no good ".
On croise les doigts pour que cette région de Birmanie ne devienne pas non plus une usine à touristes avec des femmes girafes parquées dans des boutiques et des enfants qui portent dès le plus jeune âge tout cet accoutrement. Mais hélas, par endroit, ça commence à en prendre le chemin.
Le jour de notre visite à Panpet, il y avait encore de l'authenticité, des échanges, des sourires et aucune notion d'argent. Connaître son identité, son pays, son âge, si l'un ou l'autre a des enfants... des choses simples de la vie.
Les échanges se font sur des bancs au pied des maisons, avec parfois des fous rires. Comme ce moment où une femme Padaung s'essaie au Français et reprend plusieurs de mes expressions : " Photo, c'est beau, fait chaud ". Une bonne partie de plaisir avec cette femme qui ne voulait pas être prise en photo mais qui finalement acceptera de bon coeur et avec la mine réjouie.
On croisera quelques rares groupes de touristes qui ne prennent pas le temps d'entrer en contact avec les locaux. Ils se contentent de photos à la va-vite et de quelques arrêts dans les boutiques avant de repartir.
Au retour, on s'arrête sur une place entourée de magasins de souvenirs. On tombe au bon moment. Une camionnette utilisée comme épicerie ambulante est prise d'assaut par les femmes Padaungs. L'argent récolté auprès des touristes de passage est immédiatement dépensé en pommes, pop corn, poissons... J'en profite pour prendre quelques photos de ces femmes et enfants pour qui il y a aussi une autre vie en dehors de la boutique.

Une agréable journée que l'on termine sur des routes entre étendues d'eau, collines ressemblant à la région de Hpa An et petits villages toujours très animés.

En fin de journée, on va manger sur le lieu du festival Kayah où la veille on avait assisté à quelques chants et danses sur une scène. Une grande fête populaire avec stands de nourriture, manèges et jeux qui animaient nos fêtes il y a plus de 30 ans.
Dimanche 14 janvier : Arrêt forcé sur la route de la minorité Lisu

Ce matin, JC m'attend de pied ferme devant l'hôtel avec la moto. On a prévu d'aller rendre visite à la minorité Lisu, que j'avais déjà rencontré par le passé, mais côté Thaïlandais. Avant de quitter les lieux, je fais du mauvais humour avec le patron de la guesthouse qui demande où nous allons. Sans réfléchir, je lui réponds en Thaïlande. Sa mine est déconfite. " Non n'y allez pas, c'est dangereux, il y a des combats, c'est interdit ", me lance-t-il. Si j'avais su, je me serai abstenu de faire une telle blague. J'essaie de le rassurer, mais le mal est fait.
La moto est lancée, justement en direction de la Thaïlande. On remonte vers l'état Shan par une belle route pour commencer. On traverse des plaines entourées de montagnes et quelques villages dont un où se tient un petit marché.
On s'y arrête et durant quelques instants, nous sommes l'attraction du marché où je doute fort qu'un touriste y ait déjà mis les pieds. D'ailleurs, on n'en croisera aucun de la journée, contrairement à la veille et notre visite à Panpet.

Nous voilà sur un marché pas bien grand, mais tout mignon. Un endroit où les locaux peuvent trouver tout le nécessaire pour faire un bon curry ou une excellente mohinga. Sur le marché, on rencontre la première femme de la minorité Lisu, avec sa tenue bariolée de bleu et de rose.
On profite de cet arrêt pour demander à une habitante où se trouve le village Lisu. On nous indique une route goudronnée, qui mène vers un chemin de terre en direction des montagnes. Selon, le village se situe au pied de la montagne.
En chemin, on dépannera un Birman qui a chuté avec sa moto. L'engin est tombé dans un fossé et on parvient à le remonter. Il nous remercie chaleureusement.


Nous arrivons dans le village Lisu où nous sommes accueillis par des enfants. ils ont l'air particulièrement dégourdi et pas vraiment impressionnés par notre présence. Et pourtant, un homme du village nous certifiera qu'aucun étranger n'est venu ici jusqu'à présent.

C'est avec lui d'abord que nous allons faire le tour du village, avant que nous soyons invités dans plusieurs maisons. Des femmes Lisu ont nettoyé des intestins de boeufs au point d'eau du village. Intestins qui seront ensuite au menu d'un festin. Après avoir observé ces deux femmes, elles tiennent absolument à nous offrir quelques morceaux que nous refusons gentiment. Je ne sais pas d'ailleurs si nos intestins auraient supporté.
Pas très loin, des enfants jouent avec ce qu'ils ont sous la main. Des sandales servent de cible, tandis que d'autres tapent dans un ballon à moitié dégonflé et que le morceau de bois d'une charrette est utilisé comme balançoire. Un petit chien sert même de peluche à un petit enfant.
Un homme nous invite ensuite dans la maison de sa belle-mère. Il nous offre une boisson en canette qu'il a été spécialement chercher pour nous. Lui est Shan, sa femme est Lisu. Il vit de l'agriculture comme en témoigne les bêches posées dans l'habitation et les bidons contenant des produits pour traiter les légumes. Des produits qui lui ont hélas causé des dégâts aux yeux.
Dans une maison voisine, des femmes tissent des vêtements aux couleurs Lisu. Contrairement aux autres villages visités la veille, ici il n'y a aucune boutique de souvenirs et les habitants n'ont d'ailleurs rien à nous vendre, hormis nous offrir leur hospitalité. Un endroit encore délaissé des touristes. Il faut dire qu'au milieu du village, un panneau indique les dangers des mines posées dans la région. Autant dire, il vaut mieux éviter de s'aventurer dans les montagnes aux alentours.
Après ces deux bonnes heures passées dans le village, l'homme qui nous a invités dans sa maison, nous indique la direction d'un autre village Lisu, du nom de Konto. On part vers une autre aventure qui va s'avérer plus compliquée que prévue.
D'abord on se retrouve sur une route non goudronnée mais praticable qui nous mène à Konto. Mais curieusement, c'est un village Pao. Il faut dire qu'ici nous sommes en plein coeur du territoire Pao. Un des rares habitants du village parlant Anglais nous prévient que nous sommes à Konto Ouest et que les Lisu sont de l'autre côté de la route principale... mais à Konto Est. Il fallait le deviner !
On rebrousse chemin, repartons sur la route goudronnée puis bifurquons sur la gauche en direction du village tant convoité. La route est en mauvaise état avec de la terre, des pierres et des crevasses. A plusieurs reprises, on demande notre chemin aux locaux croisés. On est sur la bonne voie, mais les montagnes où se situe le village semblent bien loin.
Un village que nous ne verrons d'ailleurs pas en raison d'une crevaison de la roue arrière. On est un peu au milieu de nulle part et ce n'est pas ici que l'on va trouver un garage. On est à deux pas d'une source d'eau chaude où les habitants des environs viennent se baigner. L'un d'eux tente de regonfler la roue avec les moyens du bord, mais c'est peine perdue. C'est plus grave que prévu.
On n'a pas le choix, on prévient la gentille Victoria qui nous a loué la moto. Elle parlemente avec le jeune homme qui a essayé de nous dépanner. On ne fait pas les malins car on est quand même assez éloigné de Loikaw, sur une route en mauvais état et dans un lieu en dehors des circuits touristiques. Et où nous n'étions peut-être pas autorisés à aller.
Et j'avoue qu'on ne tient pas trop à passer la nuit ici. D'abord parce qu'on a croisé un beau serpent en route et le panneau signalant la présence de mines nous a quand même un peu refroidis.
Bref, on va pas mal discuter au téléphone avec Victoria et avec le jeune homme en notre présence afin de trouver une solution. Pendant ce temps-là, des locaux curieux s'arrêtent près de l'engin.
Finalement peu avant 17 h 30, un 4 X 4 vient remorquer la moto et nous ramènera à Loikaw. On a évité une nuit à la belle étoile. Sans rancune, Victoria nous dépose ensuite dans un restaurant birman pour nous remettre de nos émotions.
Lundi 15 janvier : Quand les Kayah font la fête
Ce matin, je commence avec un petit déjeuner gargantuesque. La serveuse me demande si je veux du pancake ou des oeufs. Je lui réponds les deux. Mais ce que je ne savais pas c'est qu'ensuite elle me ramènerait encore des noddles et d'autres pancakes.

Pour digérer tout ça, je rejoins à pied JC et on file au festival Kayah dont c'est le grand jour anniversaire de l'état le plus grand du pays. Il y a un monde fou ce matin et on va surtout profiter des jeux traditionnels qui pour certains valent leur pesant d'or au niveau adrénaline.

On se croirait presque dans les jeux télévisés d'Intervilles, il ne manque que les vachettes.On a d'abord eu droit au totem géant auquel il faut s'agripper et escalader pour décrocher le petit drapeau. Et pour ne rien arranger, les organisateurs ont aspergé de liquide le totem en bois, ce qui le rend glissant.
On s'attendait ensuite à voir des rodéos, là où des enfants sont installés sur un cheval d'arçon. Sauf qu'en réalité, il s'agit d'une bagarre de polochon. Et croyez-moi, c'est physique et les enfants sont déterminés à ne rien lâcher. De vrais combats. Et je ne vous parle même pas des gamelles parfois spectaculaires.

Pour la première fois dans le pays, j'ai aussi eu le droit d'assister à de la boxe birmane.On m'avait dit que c'était plus violent que de la boxe thaïe. Je confirme. Il n'y a quasiment aucun temps mort durant les duels. Les coups pleuvent sur le ring. Coups de pied, de poing et parfois même ça se poursuit alors qu'un des combattants est au sol. C'est spectaculaire et ça attire la foule. Les gens sont les uns sur les autres, même les enfants sont invités et ont droit aux places du premier rang.
Sympa les organisateurs qui me laissent photographier au bord du ring, comme le font les journalistes du coin. Les combats s'enchaînent au son des tambours et flûtes. On m'avait prévenu que la boxe birmane ne se pratiquait pas dans tout le pays. Je sais désormais où ont lieu les combats.
Dans les allées de la fête, d'autres jeux encore plus traditionnels rassemblent des Birmans autour de stands. Du tir à la carabine, lancer de balles sur des canettes ou flèches dans les ballons... Très souvent, les joueurs peuvent gagner des bouteilles de bière ou de whisky. Comme dans ce jeu en plein air, où il suffit de faire rouler un cerceau et qu'il encercle la bouteille en retombant pour la gagner. Le tout sans la renverser. Pas étonnant dans ces conditions que certains participants du festival se retrouvent très vite saouls.
Dans l'après-midi, Victoria nous appelle et prévient qu'un touriste peut se joindre à nous pour la visite de deux villages Kalaw et Kayan le lendemain. On saisit l'occasion sachant que de toute façon elle n'est plus très chaude pour nous louer la moto après la crevaison de la dernière fois.La journée est négociée à 40 000 k par personne.
Le midi, nous mangeons au bord de la rivière un excellent poulet sauce aigre douce et une bière pour 4 500 k.En fin d'après-midi, je traîne un peu des pieds. Demain, nous avons prévu de partir en excursion à 6 heures. Je fais quelques courses en prévision.
Mardi 16 janvier : Le rose leur va si bien

Ce matin, réveil à 5 h 30 car le taxi doit nous emmener visiter deux villages assez éloignés de Loikaw. D'abord Htee Kho, à 50 km, habité par la minorité Kayaw, puis un village Kayah animiste appelé Damagyi. L'occasion de découvrir deux nouvelles minorités de Birmanie que jusqu'à présent je n'ai vu que sur de rares photos dans des blogs.
Cela faisait longtemps que je voulais voir des femmes Kayah et Kayaw. Le peu que j'en ai vu était sublime, notamment leurs tenues vestimentaires, ainsi que les colliers et anneaux qu'elles portent.
On part en direction de Dewmasoo, que l'on dépasse avant d'emprunter une route de montagne plutôt en bon état. Il faut un peu plus de deux heures de route pour atteindre le village de Htee Kho.

La première rencontre est avec un homme à l'arrière d'un camion. Il porte la tenue traditionnelle, des colliers et boucles d'oreilles. C'est le seul homme que nous verrons dans cette tenue au cours de notre visite. A l'entrée du village, on s'attache les services d'un guide local (5 000 k) qui nous facilite l'accès aux habitations.

Les femmes sont ravissantes avec leurs tenues roses qui leur vont si bien et leurs énormes boucles d'oreilles. En Birmanie, j'ai vu des dizaines de minorités ethniques et je peux vous dire que les Kayaw sont parmi les plus belles.

Le village de Htee Kho est ouvert aux étrangers depuis 2016. Autant dire qu'il n'y en a qu'une poignée qui est venue jusqu'ici. D'après les renseignements pris dans le village, seuls 1 500 étrangers ont mis les pieds ici.

Les femmes Kayaw ne se laissent pas impressionnées. Elles sont particulièrement accueillantes et sourient très facilement. Quand ce ne sont pas des éclats de rire comme avec cette femme qui pile le riz avec un gros morceau de bois. On se croirait presque en Afrique.

En arrivant ici, on pourrait penser que tout le monde s'est déguisé pour nous. Mais très vite on se rend compte que non. Notamment lorsque l'on croise ces deux femmes, avec des habits traditionnels, descendre de la montagne chargées de bois dans leurs paniers en osier.

On rend visite à cinq ou six familles qui habitent toutes dans des maisons en bois sur pilotis. Certaines veulent nous inviter à manger, mais il est encore un peu tôt. Ici, les villageois ont su préserver leurs traditions. Certaines femmes nous présenteront des instruments de musique anciens, de longs couteaux ou encore des écarteurs pour les oreilles.

Combien de temps ces villageois conserveront-ils leurs coutumes, eux qui s'ouvrent à peine au monde extérieur. Et alors que la région Kayah s'apprête à recevoir de plus en plus de touristes avec une nouvelle frontière terrestre entre la Thaïlande et la Birmanie qui vient tout juste d'ouvrir.

Ne vont-elles pas être tentées comme les femmes Padaungs à ouvrir des boutiques d'artisanat à des destination des étrangers ? Ou à réclamer de l'argent en échange d'une photo comme cela existe déjà dans certains villages ? Je me sens privilégié de pouvoir pénétrer dans ce village encore préservé du tourisme de masse. Ce jour-là d'ailleurs, nous n'avons croisé aucun autre touriste. Mais je sais pertinemment que la tendance s'inversera dans les prochaines années, pour le meilleur comme pour le pire.
Peu avant 11 h 30, nous nous apprêtons à quitter ce village après une bonne partie de fou rire avec une jeune femme Kayaw qui essaie de nous apprendre quelques mots de sa langue. Nous offrirons des oeufs et de l'huile pour la cuisine aux habitants rencontrés sur place, des produits difficiles à trouver ici et onéreux pour la population.

Nous repartons en direction de Dawmagyi, cette fois-ci pour rencontrer la minorité Kayah. Un village animiste où nous croiserons d'ailleurs un chaman qui était sur le point de faire un sacrifice avec un oiseau mort.
L'accueil n'est pas aussi convivial que dans le village précédent. Il faut dire qu'on arrive en début d'après-midi, à une heure où il fait très chaud et la population s'abrite dans les maisons. On va rencontrer quelques femmes Kayah en tenue traditionnelle, toutes vêtues de noir et avec des anneaux particulièrement serrés du genou au mollet. Elles portent aussi des poids lourds sur les oreilles ainsi qu'une cape.
Une tenue étrange qui n'est pas sans rappeler celle d'un oiseau, le kinnaree, l'emblème de l'état Kayah. Ces femmes âgées veulent ainsi avoir un corps d'oiseau. Une coutume qui se perd, puisqu'elles ne sont plus qu'une vingtaine dans le village à porter cette tenue.
Ici, les premiers touristes ont fait une timide apparition depuis 2015. Juste avant, il y avait encore la guérilla et les habitants d'ici restaient cloîtrés dans le village. Mais ce n'est qu'en 2017 que les touristes ont pu véritablement découvrir ce village, généralement accompagnés d'un guide.
Deux femmes kayah vont nous interpréter des chants traditionnels et l'une d'entre elles va même jouer de la musique en soufflant sur une feuille. On a essayé et bien évidemment, ça n'a rien rendu.
On quitte le village un peu désolés lorsque le chauffeur et le guide local nous réclament 6 000 k par maison visitée. Ils en comptent trois alors que nous ne sommes rentrés que dans deux. La méthode n'ayant pas été définie au départ, nous refusons fermement. Préférant offrir huile et oeufs plutôt que de laisser de l'argent dont on ne sait pas quelle sera la finalité.
Bref, avec notre chauffeur, la fin du voyage se déroule moyennement. Il ne décroche pas un seul mot sur la route du retour et il roule à vive allure. On le fera remarquer à Victoria, la responsable de l'agence. Lui signalant que l'on aurait préféré savoir à l'avance qu'il fallait payer dans les villages en plus des denrées que nous avons ramenées. On se quitte en froid et elle commence à réclamer des sommes d'argent sorties de nulle part.
Je passe très vite à autre chose car demain, c'est encore un très long trajet qui m'attend pour rejoindre cette fois-ci... Hpa An.