Pyapon, Maubin, Hinthada, Danuphyu... des villes birmanes qui ne vous disent certainement rien. C'est le moment de découvrir le nord du delta de l'Irrawaddy bien loin des circuits touristiques traditionnels.
Vendredi 28 septembre-samedi 29 septembre 2018 : Farniente à Bangkok
Je parle rarement des vols de Paris à Bangkok, mais cette fois-ci je ne pas y échapper car le voyage Paris-Vienne-Bangkok avec Austrian Airlines a été parfait, avec une deuxième partie de trajet de nuit où j'ai tout le temps dormi. Mais le gros plus, c'est le prix du billet d'avion aller-retour à 427 euros. Du jamais vu en ce qui me concerne !
A Bangkok, c'est dans une rue proche d'un parc et pas très loin de Victory Monument que je me retrouve. L'hôtel Le Tada Parkview est situé au calme et offre de belles prestations pour le prix. En prime, il est très bien placé pour rejoindre les deux aéroports de Bangkok. Une ville où ça va être farniente, détente à la piscine et bons repas thaïs pour arriver en forme en Birmanie.
Dimanche 30 septembre :
Crocodiles et marché insolite
J'arrive à l'aéroport de Yangon vers 19 heures et les démarches à l'aéroport vont encore être rapides. Le visa est établi en à peine 5 minutes, ma valise tourne déjà sur le tapis lorsque je me présente devant. Je n'ai plus qu'à changer de l'argent à un des guichets de l'aéroport. Le taux affiché est de 1720 kyats pour un euro.
Des chauffeurs de taxi me courtisent dès la sortie de l'aéroport. On m'annonce 10 $ pour rejoindre le centre ville, ça diminue à 8 $ avant de trouver un taxi à 8 000 kyats qui va m'emmener à l'hôtel Vibe Inn dans la 17e rue.
Petite surprise en arrivant, j'ai réservé une chambre avec une salle de bain partagée alors que j'étais persuadé avoir réservé une chambre avec salle de bain privée. Une erreur de manipulation de ma part, mais rien d'ennuyeux car il n'y a pas beaucoup de touristes et les communs sont propres.
Le soir, je vais manger dans la 19e rue au Smile Curry House. Des spécialités japonaises à petit prix. Au menu, ce sera une soupe mison et un curry au poulet pour 5200 k avec thé à volonté. Une bonne adresse où je reviendrai encore par la suite.
Au bord de la rivière se tient un marché aux fruits où je vais trouver des mangoustans excellents à 200 k l'unité. Qui dit mieux ?
Le lendemain, j'ai rendez-vous avec une amie birmane Kaung Eain, dit Keke, qui parle parfaitement anglais alors qu'elle n'a jamais rencontré un seul étranger de sa vie ! Eh oui dans ce pays, les locaux - en dehors des zones touristiques - ne vont pas toujours très facilement vers les étrangers. Avec Keke - en Birmanie tout le monde a un petit nom - on avait initialement prévu d'aller à Dala, de l'autre côté de la rivière Yangon, mais finalement on va se rabattre sur le train circulaire et un arrêt au marché de Danyingone.
Mon amie birmane va profiter de l'occasion pour s'acheter un billet de train pour le lendemain afin de retourner dans sa famille. Car en fait elle est venue spécialement de Pyay pour venir me voir durant cette journée.
Après quelques minutes de train, toujours aussi animé à l'intérieur, nous nous rendons compte qu'il ne va pas jusqu'à notre ultime destination. C'est en bus qu'exceptionnellement on va rejoindre Danyingone. Un marché en dur devait y être construit, mais finalement le marché a toujours lieu en plein air avec une partie des vendeurs sur les voies de chemins de fer. Ce qui fait d'ailleurs la particularité de ce marché. Et quand le train se pointe, c'est toujours le même rituel. Vendeurs et acheteurs s'écartent, ils repoussent une partie des marchandises. Mais l'essentiel reste sur les rails et frôle le dessous du train. Une question d'habitude.
Sur le marché, mon accompagnatrice me montre des tas de curiosités comme ces minuscules mangues, ces mélanges de tofu et de poisson, ou des mixtures de poissons à l'odeur répugnante mais qui selon Keke sont excellentes. Bon faut avouer qu'occidentaux et Birmans n'avons pas du tout les mêmes goûts culinaires. On va manger dans une échoppe sur le marché, ma guide du jour est surprise que j'accepte de manger local. On va se régaler d'une bonne mohinga préparée avec les légumes du marché et des petits poissons séchés à l'odeur alléchante.
On reprend un train en direction du centre ville, mais en faisant le grand tour par des stations où les touristes n'ont pas l'habitude d'aller, se contentant à Danyingone de faire demi tour. Finalement on s'arrête avant la fin du trajet car l'idée m'est venue d'aller visiter la ferme aux crocodiles que je ne connais pas, ni l'amie birmane. Un site qui se trouve de l'autre côté de la rivière, en plein coeur d'une zone industrielle.
J'avais peur que ce soit un piège à touristes, mais finalement c'était fort intéressant avec les explications du personnel anglophone et parfois les traductions de Keke. On va apprendre des tas de choses sur les crocodiles qui ne nous voient pas en dehors de l'eau.
J'apprends que dans le delta de l'Irrawaddy, il y a de moins en moins de crocodiles car il y a du braconnage, notamment pour récupérer leur peau qui se vend à prix d'or. Le soir, on va manger dans la 19e rue, le quartier chinois, un barbecue où l'on choisit ce que l'on veut entre les légumes, poissons, viandes, brochettes et naturellement du riz.
Lundi 1er octobre : La misère à deux pas
des sites touristiques
Ce matin, je n'ai rien programmé de ce que j'allais faire. Il me faut juste des tee-shirt car je suis parti avec une valise légère. Ce seront des maillots de foot à 4 000 k qui m'accompagneront pendant le voyage, un peu comme les Birmans qui portent souvent des maillots à l'effigie des clubs anglais. Je passe devant l'enseigne de la guesthouse Pyi Oo Lwin qui me rappelle bien des souvenirs. C'est ici que j'avais dormi au cours de mon tout premier voyage en Birmanie, il y a bientôt 20 ans.
Je voulais bouquiner dans le parc Mahabandoola, mais c'est râpé car c'est jour de fête. C'est la fête du café avec la marque Nescafé qui a investi les lieux, musique à fond. Les Birmans engloutissent les cafés froids et hélas les gobelets qui les accompagnent finissent sur la pelouse du parc dans la l'indifférence quasi générale. Pour ce qui est de la préservation de l'environnement, il y a encore beaucoup à faire dans ce pays et je m'en rendrai compte tout au long du voyage, surtout dans le delta de l'Irrawaddy mais aussi sur la plus belle plage de Birmanie, à Ngapali.
Ce jour, comme tous les lundis, le marché Bogyoke est fermé. C'est dans la galerie marchande flambant neuve, située juste en face, que je m'arrête. Je vais y déguster d'excellents gâteaux - dont un croissant qui n'a rien à envier à ses confrères français - qui sont fabriqués sous nos yeux. Bon c'est pas très Birman tout ça, mais autant se faire plaisir avant de rejoindre des régions plus reculées.
L'après-midi, je rejoins le quartier situé proche de la gare. A force de m'y rendre à chaque voyage, je commence à connaître par coeur chaque ruelle. Pour autant, c'est encore compliqué de s'habituer à cette misère. Les habitations en bois sont minuscules et insalubres. Parfois elles sont tellement vétustes que les habitants vivent accroupis car le plafond est trop bas, sont obligés, faute de place, de faire la cuisine et la vaisselle à l'extérieur.
Un homme vient à ma rencontre et engage la conversation alors qu'il remplit un seau d'eau dans un puits. " Nous n'avons pas d'eau courante dans les maisons, ni électricité ", me dit-il en souriant. Oui la pauvreté n'empêche pas ces habitants de garder le moral et d'être accueillants envers les étrangers.
Les enfants que je croise sont tout aussi joyeux et ravis que je les photographie. En revanche, je suis toujours aussi stupéfait de voir ces Birmans jeter leurs déchets dans la petite rivière qui traverse ce quartier ou bidonville selon si on est un local ou un étranger. Un cours d'eau qui sert de décharge publique alors même que des femmes font la lessive ou se lavent à deux pas de là.
Juste en face de moi, une femme jette ses ordures dans l'eau. Comment lui expliquer que ce geste compromet l'avenir de ses enfants. Une très mauvaise habitude qu'il sera très difficile d'inverser dans le futur. Un peu plus loin, à même le sol, des hommes trient plastique, pièces de téléviseurs, canettes... une des rares activités ici pour empocher quelques kyats. Ou ces marchands ambulants qui préparent de la nourriture ou des sachets de fruits dans leur tricycle spécialement aménagé pour transporter leurs produits et les vendre sur les marchés ou dans la rue.
Je m'arrête dans un tea shop pour observer ces scènes de vie du quotidien, bien loin de ce que peuvent voir les touristes en visitant les pagodes Shwedagon et Sule ou le marché Bogyoke. Mais c'est hélas la vraie Birmanie et impossible de l'ignorer.
La fin de journée approche, les stands de rue s'animent à proximité du parc Mahabandoola, avec les vendeurs de nourriture locale, très souvent proposée à des prix dérisoires de l'ordre de 500 k. Puis je vais m'imprégner de l'ambiance dans les rues proches de la pagode Sule, où je découvre un concentré de toutes les religions en à peine quelques mètres avec musulmans, hindouistes, bouddhistes... qui vivent en parfaite harmonie. Cela paraît étonnant quand on suit l'actualité du pays et que l'on essaie de comprendre ce qu'il se passe dans l'état d'Arakan avec les Rohingyas.
Je me décide à aller voir le coucher de soleil à la jetée proche de mon hôtel. Les petites embarcations affluent en direction de Dala où les locaux regagnent leur domicile après une longue journée de labeur. Le bruit des moteurs est incessant. Je rencontre un vieux monsieur britannique avec qui j'échange quelques mots. Il semble bien connaître le pays, peut-être même qu'il y vit du fait de sa tenue à la Birmane. Il me raconte que les étrangers ne peuvent pas emprunter ces petits bateaux car un jour, un touriste français est tombé à l'eau. Une anecdote que je ne connaissais pas.
Le soir, je retourne dans ma nouvelle cantine, Smile Curry où la nourriture est délicieuse et à petit prix pour Yangon, avec en prime un personnel aux petits soins.
Mardi 2 octobre 2018 : Le grand départ
pour le delta
Ce matin, je suis le premier client dans la salle de restauration de la Vibe In où le petit déjeuner mêle nourriture birmane et occidentale. Je ne dois pas perdre trop de temps car j'ai l'intention de rejoindre la région du delta de l'Irrawaddy. Après Bogale et Laputta l'an passé, je suis décidé à trouver de nouvelles destinations, à commencer par Pyapon. Un taxi m'emmène à la jetée Pansodan où l'on peut prendre le ferry pour Dala. C'est dans cette ville, à l'opposé de Yangon, que se concentrent les bus pour le delta. J'ai abandonné l'idée de m'y rendre en bateau car ça a l'air beaucoup trop compliqué. D'ailleurs depuis que les routes ont été aménagées, les Birmans fréquentent principalement le bus au détriment des bateaux qui sont davantage utilisés pour les transports de marchandises.
J'emprunte le ferry (2000 k pour les étrangers). Un homme à vélo se propose gentiment de prendre mon sac sur son porte-bagage. Je refuse poliment. Je rejoins la station des bus et taxis et trouve un bus qui part dans cinq minutes pour Pyapon (2000 k). Je dispose d'un siège à l'avant et peux ainsi profiter des paysages, mais aussi de la route encombrée.
Le bus se faufile entre les motos, les vélos, les rickshaw et les animaux. Le chauffeur a tout intérêt à être bien concentré. Les paysages changent au fur et à mesure que l'on avance. La saison des pluies touche à sa fin et le vert l'emporte en raison notamment des nombreuses rizières qui bordent la route. Ce n'est pas pour rien que le delta est considéré comme le grenier à riz de la Birmanie.
Les premières étendues d'eau se dévoilent, ainsi que les fermes d'élevages de canards et les petits bateaux qui permettent de naviguer entre les villages mais aussi d'accéder aux maisons, souvent les pieds dans l'eau.
Après 2 h 30 de route, le bus s'arrête dans la petite gare routière de Pyapon. Les chauffeurs de moto-taxi m'attendent, mais c'est à pied que je rejoins l'hôtel Aung Naing Thu. Il n'est pas bien loin. Je pénètre dans une sorte de parking où se trouve la réception avant qu'un ascenseur ne s'emmène au 5e et dernier étage de l'hôtel ou j'obtiens une chambre à 25 000 k. Plutôt une bonne surprise, elle est spacieuse, le lit est grand, il y a une salle de bain avec eau chaude. La propreté n'est pas irréprochable mais question hébergement dans le delta, il ne faut pas être trop regardant.
Le personnel est fort sympathique et me dégotera d'ailleurs un vélo pour le lendemain matin. Cet après-midi, je pars au hasard dans les rues très animées de la ville. Je longe quelques étangs parsemés d'énormes fleurs qui donnent sur des pagodes. Puis je rejoins les bords du fleuve. C'est ici que les marchandises sont chargées dans les embarcations, que les habitants viennent pêcher ou faire leur toilette. C'est aussi le lieu où les marchés aux fruits, légumes, poissons et viandes s'installent. Ils restent très animés jusqu'en milieu d'après-midi.
Je fais la rencontre d'un Birman qui m'invite à boire un verre. Il a travaillé comme cuisinier à Singapour et en Malaisie d'où son Anglais parfaitement maîtrisé. Aujourd'hui, il vit avec ses parents qui ont plus de 80 ans. Il ne travaille plus et ne semble pas désespéré, conscient des difficultés économiques dans son pays. " J'ai bien gagné ma vie à l'étranger. En Birmanie, je n'en gagne plus, mais c'est comme la majorité de la population. On vit quand même sans argent". Ses parents âgés ont du mal à se déplacer dans le petit magasin qu'ils tiennent et où les marchandises à vendre se font rares. Ils retrouvent le sourire en me voyant. C'est la première fois qu'ils voient un Européen.
Le soir, la rue principale est animée avec tous ces étals de nourriture qui ne sortent qu'à la nuit tombée. Je m'installe sur un petit tabouret à côté des locaux pour déguster des noddles succulentes.
Mercredi 3 octobre : Je ne verrai pas la mer
Ce matin, à ma grande surprise, il y a un buffet au petit déjeuner. Un buffet à la Birmane avec des noddles, de la mohionga et quand même du pain et des oeufs sur le plat que le cuisinier se fait un plaisir de me servir.
En arrivant en bas de l'hôtel, le personnel tout sourire me présente un vélo chinois. Bon les freins ne fonctionnent pas, mais ça fera l'affaire pour m'aventurer en dehors de la ville. Je pars en direction de Kyonkadun avec une idée derrière la tête, celle de rejoindre la mer et le village côtier de Dawnvein qu'une amie birmane m'a conseillé. Qui sait, une fois arrivé à destination, je pourrai peut-être revenir en bateau.
Plus je m'éloigne de la ville et plus la circulation devient moins dense. J'arrête près des habitations sur l'eau, au bord des rizières où parfois des têtes dépassent. Au loin, j'aperçois même des pêcheurs avec leurs filets.
J'attire la curiosité dès que je passe devant une habitation ou un commerce. Les touristes ici, c'est le néant. Alors en plus, sur un vélo c'est du quasiment jamais vu !
Je m'arrête dans un village où se tient un marché fort animé. Une femme veut me vendre des gambas. J'en ferai bien mon affaire, mais je n'ai rien pour les cuire. Je pose quelques instants le vélo et observe l'animation sur le marché, puis les bateaux qui naviguent sur les canaux. Tous ne sont pas reliés et j'apprends qu'il est quasiment impossible de rejoindre Pyapon par bateau.
Tant pis. Je repars en direction de Kyonkadun à 25 km de Pyapon. Je m'arrête dans quelques commerces pour m'hydrater car il fait particulièrement chaud. Je ne me plains pas car ça pourrait être bien pire en cas d'orage, d'autant plus que la saison de la mousson n'est pas encore complètement terminée.
En chemin, je découvre des maisons éparpillées dans les rizières avec parfois des toits dissimulées dans les cultures, tellement elles sont hautes. Les enfants rentrent de l'école, à pied ou à vélo, tandis qu'un homme surveille son élevage de canards qui avance en file indienne.
Vers 13 heures, j'atteins Kyonkadun. Je bois un thé et discute avec le patron qui parle quelques mots d'Anglais. Il me signifie - ce que je savais déjà - qu'il n'y a pas de bateau qui relie Pyapon. Il se propose de m'y emmener en taxi pour 11 000 kyats. Je négocie pour voir si une halte à Dawnvein, en bord de mer, est possible. Apparemment ça l'est, mais le prix s'envole à 60 000 k. La raison : la route est en très mauvais état. Pas question non plus de s'y rendre à vélo, même si sur une carte la distance ne paraît pas insurmontable.
Pas de chance, ce sera retour à la case départ avec le vélo dans le coffre. Pas mécontent de ne pas avoir à faire les 25 km en sens inverse et dans la fournaise. De retour à l'hôtel, une bonne douche et une petite marché au bord de la rivière où l'étranger que je suis commence à être reconnu par les locaux.
Le soir, repas dans un resto chinois où un jeune birman se fait un plaisir de me traduire le menu. Ce sera du poulet au menu.
Jeudi 4 octobre 2018 : Maubin la ville étudiante
Ce matin, je me décide à quitter Pyapon pour remonter plus au nord vers Maubin. A 9 heures, je suis à la station de bus où justement un véhicule s'apprête à partir pour Maubin. Destination que je vais atteindre 1 h 30 plus tard par une route correcte où il y a même des pistes cyclables de chaque côté. Bon hélas elles sont davantage utilisées par les motos ou par les voitures qui s'y garent.
Maubin est une ville assez étendue qui, au premier abord, n'offre rien d'exceptionnel. Une guesthouse sympathique me refuse l'accès du fait qu'elle n'a pas la licence pour accueillir les étrangers. Me voilà donc à l'hôtel Maubin, le seul pouvant les accueillir. Les prix sont un peu exagérés, la simple à 30 $ et la double à 40. Mais je n'ai pas le choix et aucune négociation possible.
Je pars à la découverte de cette ville à pied et tente de rejoindre la rivière. Rien d'extraordinaire à voir, des échoppes, des marchés et pas mal de saleté au bord du fleuve, où il y a très peu d'embarcations. Mon souhait de remonter un peu plus au nord en bateau semble fortement compromis.
Au bord du fleuve, de nombreux hangars sont utilisés pour la fabrication de paniers et de tapis en bambou. Hommes et femmes en confectionnent à même le sol et avec les moyens du bord, c'est-à-dire souvent avec les mains. Je me retrouve devant une pagode où des jeunes viennent y réviser leurs cours en les récitant à voix haute. Pour la concentration, on pouvait imaginer mieux.
Je trouve refuge dans un des nombreux tea-shop en bord de rivière. Le téléviseur résonne, des jeunes viennent s'y détendre après les cours. Maubin est réputée pour son université et la population de la ville est particulièrement jeune. Ici c'est encore la région du delta de l'Irrawaddy, mais il faut l'avouer, c'est nettement moins beau que Bogale ou Pyapon.
En fin de journée, je me balade au hasard dans les ruelles de la ville. Ca commence à s'animer, les enfants jouent, les adultes se lavent ou font la cuisine. Tout se fait à l'extérieur, à la vue de tout le monde. Une atmosphère comme je les aime. Je me perds dans le dédale de rues sans trop savoir où je vais. Je saurai un peu plus tard que je ne suis pas bien loin de l'hôtel où je loge.
Je me promène jusqu'à la tombée de la nuit, à observer un enfant pêcher, d'autres se maquiller ou encore des parents qui dorlotent leur bébé. Dommage qu'il y ait encore autant de détritus qui s'entassent au bord des points d'eau. Surtout lorsque l'on sait que les habitants se fournissent dans des puits, dont certains d'ailleurs sont à sec. Preuve que la saison des pluies n'a pas été aussi intensive que par le passé dans cette partie du pays.
Le soir, je mange dans un resto face à l'hôtel. Un lieu plutôt prisé de la classe moyenne où je commande un riz frit poulet à 2 500 k.
Vendredi 5 octobre : On ne s'arrête pas
où on veut en Birmanie
Ce matin, le petit déjeuner à l'hôtel Maubin est tout simplement une catastrophe. Un café et deux tranches de pain qui ont baigné dans les oeufs et l'huile. Je tombe sur deux Britanniques de passage dans la région pour superviser la réfection de la route entre Pyapon et Maubin. Ils sont surpris de me rencontrer et avouent n'avoir rencontré aucun étranger depuis qu'ils sont ici. Je plaisante sur le fait qu'ils ont prévu une piste cyclable sur la route. Ils s'en amusent et me confirment ce que j'avais vu, à savoir qu'elle était davantage utilisée par les motos.
Je me retrouve quelques instants plus tard sur la route à la recherche d'un bus pour Danuphyu, ville située un peu plus au nord. On me recommande d'attendre à un embranchement afin de monter dans le bus qui se rend d'abord à Yandon avant de trouver un autre transport.
Tout se déroule parfaitement même si dans le premier bus bien rempli, je me retrouve sur un tabouret au milieu des rangées. Pas l'idéal pour admirer les paysages. A Danuphyu, on m'emmène dans une guesthouse qui n'accueille pas les étrangers et apparement il n'y en a aucune dans la ville. Mon plan de visiter cette ville tombe à l'eau.
Après 1 h 30 de route, me voilà obligé de poursuivre mon périple plus au nord encore. Au bord de la route, un véhicule s'arrête avec à son bord une famille de Birmans. Je me retrouve à l'arrière avec des femmes et prenons la direction de Hinthada où je devrai normalement trouver mon bonheur. On tape la discussion pendant le trajet qui dure à peine une heure. Cette famille se rend dans une clinique afin d'y emmener la grand mère qui suit un traitement.
Sur place, on me dépose dans un hôtel très récent où la chambre à 20 euros est correcte. Mais tous les aménagements n'ont pas encore été réalisés dans les communs. L'après-midi, je visite la ville qui n'a rien d'extraordinaire jusqu'au moment où je tombe sur des nonnes en file indienne.
Je décide de les suivre et me retrouve entouré de centaines de femmes et fillettes vêtues de rose qui se rendent à une cérémonie où elles auront droit à des donations. Ca commence plutôt timidement, chacune d'entre elles étant plutôt craintive en me voyant. Certaines, surtout les plus jeunes, n'ont assurément jamais vu un étrangers.
Mais après quelques minutes, la peur cède sa place à quelques sourires, puis les nonnes se relâchent et vont même jusqu'à me faire des blagues, voire des grimaces.
On plaisante beaucoup alors que la cérémonie s'éternise. Pendant les prières, des petites filles s'endorment. Elles sont sûrement un peu comme moi, à savoir qu'elles ne comprennent pas tout. Après la cérémonie, elles repartent à pied ou à bord de véhicules dans lesquels elles s'entassent à l'arrière.
Je reprends mon vélo prêté par l'hôtel et regagne le centre ville. Ce soir, ce sera une salade de papaye sur un étal à deux pas d'une pagode. Le rendez-vous des familles d'Hinthada, le soir venu.